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COVID-19 Journée internationale de la paix Journée internationale pour l’élimination de la pauvreté

Des enjeux de paix en temps de COVID-19

19 septembre 2020 au parc Jarry, Montréal

Combien parmi nous avons pensé que la déstabilisation est nécessaire pour un changement profond? Combien parmi nous avons demandé dans quelle mesure cette déstabilisation peut être jugée excessive. Combien de fois nous avons porté un regard méfiant ou indifférent à l’itinérant que nous avons croisé dans notre chemin parce qu’on était tout simplement occupés ou fermés dans nos pensées? Mais nous sommes là où nous en sommes.

Tout à coup, un virus que nous ne voyons pas a chamboulé nos vies. Tranquillement, le goût de regarder les autres avec bienveillance et attention est devenu rare alors que des nouvelles formes de communication dans la vie quotidienne les ont rendus presque étrangers à nos yeux. Et nous voilà, terrifiés, loin les uns des autres.

Sortons de notre confort pour penser un petit moment à ceux qui sont malades et qui ne reçoivent pas d’aide, à tous ceux qui ne savent pas comment fonctionne le système de santé et ne connaissent pas la langue. Pensons à ceux qui doivent cesser de travailler immédiatement et qui n’ont rien pour faire face à la maladie, pauvres, malades et seuls. Pensons à la catastrophe que signifie pour nombreuses personnes la fermeture des certains services aux plus démunis : la population migrante.[i]

La folie, le désespoir, l’absurde viennent aussi avec la crise : le manque de produits dans les supermarchés fait partie de ce scénario scandaleux que nous avons vécu et que nous ne pouvions pas comprendre au début du confinement. De même, le racisme institutionnel a profité pour placer «chacun à sa place», Afro-descendante ou Latino, dans le travail de prise en charge des malades, tandis que les ouvriers agricoles étrangers ont continué à faire le travail qu’ils font depuis plus de quatre décennies sans même garantir leurs droits. Les pics de contagion sont de plus en plus présents dans les populations autochtones. Enfin, la pandémie affecte davantage les personnes les plus vulnérables socialement, dont les personnes à faible revenu. Ici même, c’est à Montréal-Nord que le virus a frappé le plus fort. Ce sont des choses que nous devons combattre, tout en essayant de survivre à une crise économique qui exacerbe de plus en plus les inégalités, tant au Nord qu’au Sud.

Les problèmes structuraux que la COVID a révélés : le néolibéralisme produit la pauvreté en concentrant la richesse et en s’accaparant les ressources naturelles qui appartenaient autrefois aux paysans et aux travailleurs. Aussi, des problèmes de démocratie, de participation citoyenne, de l’état de nos systèmes de santé et tous les problèmes économiques. Ce sont les compressions imposées aux systèmes de soins de santé par l’austérité qui nous ont rendus extrêmement vulnérables au coronavirus, ainsi que l’affaiblissement du programme d’assurance-emploi, qui a mis en péril un grand nombre de travailleurs lorsque des emplois ont été perdus.

Le récit contre la COVID, veut nous voir effrayés, fragmentés, essayant de trouver des solutions individuelles à un problème qui est social. Nous, survivants, savons que cela est impossible, car la base de notre survie dépend des autres et des soins que nous sommes prêts et à apporter à ceux qui en ont besoin.

Maintenant, en raison de notre profonde crise écologique, due au changement climatique, c’est l’habitabilité de la planète qui est sacrifiée. Heureusement, nous avons constaté que même si cette pandémie fait des ravages dans le monde, il convient de souligner que la nature n’a pu être confinée.  La nature ne sait rien de la distanciation sociale qui nous désoriente tant. Le printemps et l’été sont arrivés comme à l’accoutumée et le soleil n’a pas cessé de briller pour éclairer nos jours. [ii]

La confiance et la quête de sens

Nous n’avons jamais été aussi éloignés physiquement, mais peut-être à cause de cette distance physique que nous sommes si déterminés à nous approcher les uns vers les autres. Le fait que nous soyons séparés signifie que beaucoup d’entre nous passent maintenant leurs vies collées à des écrans. Ce n’est pas ainsi que nous voulons vivre. Nous devrions voir une occasion de rejeter cet avenir, de la manière dont nous voulons sortir de cette crise. La maladie, la mort, la crise, l’isolement et la solitude nous conduisent à réfléchir sur le sens de la vie, et sur les paris sur les nouvelles normalités que nous voulons. Mais, nous devons nous rappeler que la crise était normale. La normale est mortelle, est une crise énorme. Ce n’est pas un endroit où nous pouvons retourner: c’est un endroit que nous devons construire ensemble et un endroit pour lequel nous devons nous battre. [iii]

Il nous faut penser l’économie autrement, la mettre en rapport avec d’autres systèmes de valeurs telle que la spiritualité. La nouvelle théorie économique en préparation est une théorie structurale qui reconnaît à la spiritualité et aux principales valeurs anthropologiques, une importance comme source de la valeur et de la richesse.

Qu’il s’agisse de l’économie ou de la politique, il n’est plus le temps de concevoir l’existence d’une doctrine politique sans un fondement spirituel. La spiritualité c’est le chemin. La spiritualité est ce qui guide notre vie en lui donnant du sens. L’une des maladies de notre époque, c’est cette difficulté que nous avons à trouver un sens à notre vie étant donné que nous avons perdu beaucoup de nos repères. « La spiritualité c’est la vie elle-même ». C’est le fait de lutter pour la vie, de lutter pour vivre ensemble. La spiritualité, c’est se sentir ensemble réunis dans un but commun comme le simple fait de revendiquer le respect de la dignité humaine pour tous et pour toutes. La spiritualité est un élément fondamental de l’agir collectif quand on apprend à croire les uns dans les autres et dans notre pouvoir de transformer la réalité.

Nous devons repenser notre avenir immédiat, un projet de société. Les mouvements sociaux demandent de l’aide financière aux individus et des services publics qui fonctionnent et ils remettent en cause l’économie productiviste telle que nous la concevons depuis longtemps. Mais les gouvernements ont un agenda de relance économique contraire à l’urgence climatique qui affecte la planète. Les gouvernements souhaitent effectuer une relance où l’environnement est très peu pris en compte. Il nous faut voir l’économie différemment. Nous devons réaliser une transformation massive vers une économie basée sur la protection de la vie.

Même si nous avons des alternatives économiques, nous ne pouvons pas nous protéger individuellement. Cela passe d’abord par la communauté, par notre capacité à vivre ensemble, dans la confiance, dans notre monde brut et vulnérable qui a plus que jamais besoin de retrouver ses repères.

Vers une société solidaire

Nous voulons que la solidarité et l’entraide deviennent des pratiques de la vie quotidienne, des principes fondamentaux pour vivre, la base de notre spiritualité, où la défense de la vie est placée avant tout comme le centre de notre inspiration. La solidarité est un engagement envers le bien commun et s’exprime dans les institutions économiques, culturelles, sociales, politiques et religieuses qui façonnent la société.

Maintenant, c’est le temps d’établir ce qu’on appelle une planification écologique à partir de cinq piliers fondamentaux, dont le contrôle public de l’investissement, l’emploi garanti pour les travailleurs et travailleuses des classes populaires, la planification écologique pour être capable de produire localement les produits essentiels d’usage quotidien, la démocratie participative et la justice environnementale[iv]

C’est la population qui peut appliquer cette planification écologique et changer les choses. Il nous faut passer de la distance à la confiance, dont le port d’attache, la solidarité fera de nous une société civile forte capable de conduire notre avenir ensemble. Cela signifie une société qui assume sa capacité de création, sa capacité d’organisation, pour influencer et mener une transformation sociale avec des structures plus justes au niveau local, national et mondial.

Nous avons besoin de politiques pour soutenir une écologie intégrale qui prenne soin à la fois des gens et de la planète. Une écologie intégrale pour la reconnaissance de la dignité du travail et celle de la personne, pour faciliter une réconciliation avec les Autochtones fondée sur la justice réparatrice, et pour témoigner à la fois de notre humanité et du bien commun. [v]

Allons-nous prendre soin de la terre et de l’eau en veillant à ce que les voix, la sagesse et l’expérience des Autochtones soient prises en considération dans les solutions?

Allons-nous prendre des mesures efficaces pour lutter contre les changements climatiques avec des politiques favorisant une transition juste?

Allons-nous réaliser l’égalité entre les sexes, respecter les droits des peuples autochtones et ouvrir la voie à la justice réparatrice?

Allons-nous réduire la pauvreté en stimulant la création de bons emplois?

Allons-nous créer l’équité sociale et économique y compris les soins de santé?

Allons-nous redéfinir les priorités en matière de dépenses publiques?

Allons-nous régler à la fois le problème de la richesse extrême et l’insuffisance actuelle des recettes publiques?

Les décisions que nous prendrons marqueront l’héritage que nous allons léguer aux futures générations!

Gloria Elizabeth Villamil, coordonnatrice Antennes de paix à Montréal


NOTES

[i] Rosa Linda Hidalgo, guérie de COVID, Réflexions pendant la maladie, mai 2020

[ii] Ferdinand Djayerombe, Mots de bienvenue Assemblée générale annuelle Antennes de paix, Montréal, le 05 juin 2020

[iii] Naomi Klein dans «La stratégie du choc»

[iv] Robert Lapointe. Pandémie et enjeux démocratiques ici et ailleurs dans le monde, Soirée mensuelle du CAPMO, le 18 juin 2020

[v] Centre Oblat A voice for Justice Une voix pour la justice. Cadre éthique pour une reprise post-COVID. Joe Gunn Executive Director/Directeur général. Le 18 juin 2020St. Université Saint-Paul,  Ottawa, Canada

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Affirmer la paix Artisans de paix Initiatives de paix Non-violence Pardon et réconciliation résilience Visages et rencontres au-delà des frontières

Oscar Romero : figure inspirante au cœur de l’action non-violente

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Nous commémorons en 2020 le 40e anniversaire de l’assassinat d’Oscar Arnulfo Romero, figure de la résistance non-violente, à la hauteur des grands comme Mohandas Gandhi ou Martin Luther King, assassinés respectivement il y a 72 ans et 52 ans.

Devant la clameur du peuple pour tant de crimes, il a réconforté, dénoncé et appelé au repentir telle la voix qui crie dans le désert. L’archevêque de San Salvador s’est transformé de simple prêtre adhérent au statu quo, en un prophète audacieux qui dénonçait le comportement des élites nationales et internationales alors qu’il témoignait d’une option préférentielle pour les pauvres. Fidèle à cette option, et pour faire face à des situations désespérées qu’engendrent la misère et l’oppression, il s’est entouré d’une équipe de professionnels pour juger de manière critique et objective les dimensions conflictuelles de la réalité sociale : droits humains et associatifs, éducation, réforme agraire, mortalité infantile, indice de malnutrition, analphabétisme, conditions de travail, etc. Il s’est ainsi forgé une renommée internationale comme défenseur des droits humains et s’est situé de façon consciente devant l’histoire afin de la juger à la manière d’un projet, selon les critères du Règne de Dieu.

L’esprit de non-violence

Reconnu comme un pasteur exemplaire au service de l’église, il incarne l’esprit de non-violence, caractéristique première d’une vision de la paix et philosophie comme attitude politique de ceux qui rejettent l’utilisation de la violence dans la résolution des conflits.

Convaincu de la force morale de la non-violence, son analyse de la violence est succincte et énergique: «L’Église n’approuve ni ne justifie une révolution sanglante, ni les cris de haine. Mais elle ne peut pas non plus les condamner alors qu’elle ne voit aucune tentative d’éliminer les causes qui causent cette maladie dans notre société …»[1]

En tant que messager de la paix, il a fait preuve de compréhension de la réalité politique et sociale de son pays. «Mon jugement n’est pas politique, encore moins opportuniste, l’Église ne vit pas d’une conjoncture mais de la grande utopie, au-delà; le peuple doit être l’architecte de sa propre société. Vous devez vous donner la société que vous voulez: démocratique, socialiste, communiste; vous êtes le peuple. Un langage de violence provoque la répression».

Nous pouvons reconnaître, dans ce que Romero a écrit sur les complexités de la violence et la réponse à cela, son choix clair pour la non-violence [2]:

«L’Église préfère le dynamisme constructif de la non-violence: le chrétien est pacifique et je n’ai pas honte de cela…pas simplement pacifiste, car il peut combattre, mais préfère la paix à la guerre. Le chrétien sait que des changements violents dans les structures seraient fallacieux, inefficaces en eux-mêmes et non conformes à la dignité humaine (Medellín Documents, Paz, # 15)».

Sans aucun doute Romero incarne la non-violence avec «une dimension profonde de bienveillance tant à l’égard des autres humains que de la création toute entière. Une attitude faite de respect profond, d’ouverture et de gratitude, qui cherche à construire ensemble sans dominer ni exploiter. Une conception de la non-violence comme une arme urgente et efficace»[3]

L’efficacité de cette conception atteint le point le plus haut dans sa puissante homélie du dimanche 23 mars 1980, un discours critique, une référence à jamais pour le monde entier. Un appel aux membres de l’armée, une invitation à la désobéissance : «Un soldat n’est pas obligé d’obéir à un ordre qui va contre la loi de Dieu. Une loi immorale, personne ne doit la respecter» puis le lendemain, le 24 mars 1980, il est tué par des escadrons de la mort.

Un repère emblématique et inspirant pour aujourd’hui

Au-delà de positions idéologiques à caractère politique ou religieux, la société d’aujourd’hui cherche  des terrains  d’entente plus larges qui puissent convoquer des organisations et individus : la non-violence et la désobéissance civile surgissent comme des stratégies d’action efficace pour faire avancer la société.

Ces stratégies ont  historiquement été associées aux grands défenseurs des droits et libertés. Quarante ans après l’assassinat d’Oscar Romero, de nombreux défis du monde actuel tels que les guerres, les changements climatiques, les crises économiques, les migrations internationales, attendent toujours des réponses.

Quelle est alors la place d’Oscar Romero dans notre mémoire collective ? Comment sa vie, son héritage et son témoignage sont des repères emblématiques qui inspirent les collectivités pour transformer les situations d’injustice qui persistent ?

Ils lui imposèrent le silence, mais l’histoire ne restera pas silencieuse …

Vous pouvez trouver cet article aussi sur le webzine Rencontre, Vol. 10, n 30, mars-avril-mai-2020 du Centre culturel chrétien de Montréal (CCCM), à la page 32: PENTECÔTE ET MISSION

L’événement commémoratif prévu le 28 mars 2020 a été reporté à une date ultérieure. Pour en savoir plus (la nouvelle date sera bientôt affichée ici)  : Action non-violente et crise écologique: Journée Oscar Romero

Gloria Elizabeth Villamil, coordonnatrice d’Antennes de paix

coordinationadepaix@hotmail.com

[1] https://hal.archives-ouvertes.fr/hal-00974349/document

[2] Citation sur : http://paxchristi.org.uk/wp/wp-content/uploads/2017/04/Nonviolence-and-witness-of-Oscar-Romero.pdf

[3] Boisvert, D. (2017). Nonviolence. Une arme urgente et efficace. Montréal: Les Éditions Écosociété.

 

 

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Initiatives de paix Journée internationale de la tolérance Pardon et réconciliation résilience

Guérir après l’irréparable, vraiment?

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Image par Digital Works de Pixabay

 

Imaginez des personnes ayant commis un crime grave, assises avec des personnes ayant subi un crime de même nature : c’est la justice réparatrice dans laquelle nous touchons du doigt que «l’irréparable » du crime peut devenir réparateur et pacifiant, même si un acte criminel laisse des cicatrices à vie! Nous y entendons des personnes dont le temple intérieur a été fracassé, meurtri. Oui, faire justice autrement que par l’unique punition est une avenue royale pour avancer et se reconstruire suite à un crime commis ou subi. Un chemin réparateur se fait. Le temple intérieur se reconstruit. Ça demande du temps.

 Des rencontres réparatrices

Ces rencontres font tomber nos préjugés face aux personnes judiciarisées et mieux saisir l’impact du crime sur les victimes. Elles favorisent une vraie justice où personnes victimes et offenseurs ont le temps de dire, dans un climat de respect, ce qu’elles ont vécu, les conséquences du crime pour l’un et l’autre. Sachons que les offenseurs ont, les ¾ du temps, vécu beaucoup de violence et d’abus eux-mêmes. Ça n’excuse pas le crime, mais nous réalisons à quel point la violence engendre la violence.

Rencontres bouleversantes. Émerveillement devant la grandeur des personnes qui osent la rencontre pour retrouver le goût de vivre! Sont participants également des membres de la collectivité parce que le crime nous concerne tous. Ça pourrait toucher notre voisin, nos ami-es, quelqu’un de notre famille.

Vivre un crime, c’est une catastrophe. Offenseurs et victimes vivent un véritable tremblement de terre intérieurement et extérieurement, comme si tout s’écroulait en elles et autour d’elles. Mais ce n’est pas la fin de tout. Les personnes victimes font l’expérience d’un relèvement alors qu’elles pensaient leur vie finie! Les personnes criminelles entament une nouvelle manière de vivre.

L’épicentre du tremblement

Par le crime, la santé mentale en prend un sacré coup dans les familles, chez les amis, les voisins des victimes et des offenseurs, hommes, femmes et enfants. Également au plan social, créant un climat d’insécurité, une profonde meurtrissure. Dépression, perte d’estime de soi, insomnie, honte, culpabilité qui ronge, rage dévastatrice,  déni, stress, anxiété, symptômes physiques, incapacité de travailler : le crime fait du gâchis!

Espérance

En justice réparatrice des étapes guérissantes se vivent, ayant un impact sur les personnes proches des offenseurs et des victimes. Impact aussi sur le mieux-vivre en société. Les personnes reconnectent avec leur temple intérieur, leur force intime. Les offenseurs et les victimes, qui ont tant reçu à travers leur démarche, très souvent redonnent à leur tour en s’impliquant bénévolement dans ce réseau de justice réparatrice. Une belle épidémie de générosité!

On ne peut imaginer ce que produit de libération chez les victimes l’expérience d’être reconnues dans ce qu’elles ont vécu, par des offenseurs en face d’elles. Ces individus sortent du statut de « victimes » pour devenir des personnes. On ne peut imaginer ce que cela produit chez les offenseurs, de rencontrer des personnes victimes bien concrètes en écoutant l’impact du crime dans leur vie. Ces personnes « criminelles » se responsabilisent au lieu de demeurer dans la culpabilité et le déni.

L’évangile ne dit-il pas : la vérité vous rendra libre?

Remercions ces personnes qui reconquièrent leur dignité par le travail intérieur qu’elles accomplissent avec courage et humilité, notamment grâce aux rencontres réparatrices.

Lucie Gravel, présidente de l’Aumônerie communautaire de Montréal

8 décembre 2019

Courriel : mar.lu@videotron.ca

La mission de l’Aumônerie

Contribuer à la réinsertion sociale des personnes ex-détenues, à leur guérison ainsi qu’à celle de leurs victimes dans la perspective de la justice réparatrice.

Pour en savoir plus ou offrir une contribution bénévole :

Courriel: acmontreal@hotmail.com

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Journée internationale des droits de l'homme Prix du Public pour la Paix

Dévoilement des lauréats du Prix du Public pour la Paix, édition 2019

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Montréal, le 11 décembre 2019. À l’occasion du 71e anniversaire de l’adoption de la Déclaration universelle des droits de l’homme, prévu pour le 10 décembre, le Prix du Public pour la Paix (PPP) est décerné à sept finalistes qui ont rempli toutes les conditions pour être lauréats. Le PPP reconnaît tous leurs efforts et leur contribution indéniable à la paix dans leur pays. Cette année, le public a présenté un total de neuf candidats provenant des plusieurs pays : le Mexique, le Pakistan, la République Démocratique du Congo, la Colombie, le Maroc, Trinidad et Tobago, l’Inde, et le Burundi.

Pour une deuxième année consécutive, la vocation collaborative de ce prix prime sur l’aspect compétitif.

Le PPP félicite et remarque le courage, la persévérance, la résilience et la détermination des vrais bâtisseurs de paix, activistes des droits humains, ainsi que des initiatives pour l’inclusion sociale, l’autonomisation ou la construction de tissu social. Ces artisans et artisanes de paix orientent leurs actions sur des groupes de personnes de tous âges en condition de plus grande vulnérabilité. Ils sont souvent devenus des exemples de résilience, de résistance et de dignité.

Pour connaitre les lauréats, lauréates et leur certificat d’image visitez : https://prixpublicpaix.org/ Ou encore : https://www.facebook.com/publicpeaceprize.prixpublicpaix/

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Nouveaux ateliers : découvrir les clés de la communication en collaborant avec d’autres organismes!

Les Antennes de paix en partenariat avec Voix et Couleurs Nouveaux Médias et d’autres organismes, offrent de nouveaux ateliers de communications à l’intention des organismes et intervenants sociaux.

Apprendre à communiquer, en mode collaboratif, avec le soutien des pairs!

Cette nouvelle série d’ateliers en communication innove en proposant une nouvelle façon, simple et conviviale, d’apprivoiser les communications.

Après plus de cinq ans de différentes approches de formation en communication en milieu organisationnel, nous nous sommes rendu compte que les organismes intégraient beaucoup plus rapidement les outils de communication en mode partage collaboratif avec leurs pairs que sous forme de cours de perfectionnement.

Nous avions déjà créé il y a quelques années la série d’ateliers « Communiquer pour rassembler », spécifiquement conçue à l’intention des défis de communication rencontrés par le milieu des organismes sociaux. La formation intensive, d’une durée de trois jours, permettait aux participants de vivre un survol complet des différentes composantes de la communication, de l’élaboration d’une orientation stratégique à la diffusion sur les médias sociaux, tout en s’initiant à la diversité des approches et des outils de communication.

Forts de nos diverses expériences de formation en communication, nous proposons maintenant deux nouvelles façons conviviales de continuer à  apprivoiser les communications tout en permettant de s’enrichir au travers des défis et solutions de communication expérimentés par d’autres organismes et intervenants :

Les journées-partage de communication solidaires et l’atelier en ligne « Messages sans frontières »

Journées-partage
de communications solidaires

Une journée de concentration dédiée à vos projets de communications, tout en partageant avec d’autres organismes et intervenants! Une formule inédite, adaptée aux défis et enjeux organisationnels contemporains. 

  • Pour tous les organismes et individus œuvrant dans le domaine de l’entraide, de l’inclusion, de la justice sociale et de la paix.
  • Pour favoriser l’appropriation et le partage d’approches simples de communications sur le web et dans les médias sociaux.
  • Approche collaborative axée sur le partage d’expériences. Accès à des logiciels libres facilitant les communications.
  • Assistance de personne(s) ressource en communication disponible durant l’ensemble de la journée. Chaque participant-e apporte un projet personnel sur lequel travailler durant la journée.
  • Contribution libre pour l’atelier (à donner sur place).

Offert une fois par mois par les Antennes de paix à Montréal et dans d’autres régions selon la demande. 

Le première journée-partage aura lieu le mardi 3 décembre 2019, de 8 h 30 à 16 h 30
au 665 Est, boul. Gouin, Montréal H2C 1A5   métro Henri-Bourassa 

INFORMATION et INSCRIPTION : Gloria 438-399-2943
Date limite d’inscription à l’atelier : vendredi 29 novembre

Atelier en ligne « Messages sans frontières »

Une série d’ateliers en ligne pour apprendre à réaliser de courts messages vivants, orientés vers la paix et la solidarité, à partager sur les médias sociaux.

Une occasion unique de mettre en pratique des approches ouvertes et collaboratives, en synergie avec d’autres personnes connectées dans différentes régions.

L’atelier est offert en ligne tous les jeudis soirs à 20h.

Survol du contenu partagé

  • Partage de recherches thématiques et de références visuelles
  • Rédaction de courts messages sous forme de séquences de texte
  • Utilisation du langage pictural et des symboles graphiques universels
  • Pratiques de simplification et de stylisation d’après photo
  • Découverte d’applications simples pour traiter et rassembler les images
  • Mise en ligne des diaporamas ou courts vidéos sur les réseaux sociaux

Aucun prérequis, aucune compétence ou habileté n’est nécessaire pour suivre l’atelier. Celui-ci été conçu pour s’adresser à une grande diversité de personnes et d’âges. Les techniques sont progressivement apprivoisées au cours du processus de création.

Pour en savoir plus sur l’atelier
https://ateliermessagessansfrontieres.org/

Séance d’infos avec témoignages de participants
le jeudi 28 novembre à 20h

Pour s’inscrire :

messagessansfrontieres@gmail.com

Nous suivre sur Facebook:
https://www.facebook.com/AtelierMessagesSansFrontieres/

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Ateliers de formation

Cultiver un nouveau regard, plus universel et empathique, au moyen de l’image!

 

Là où les mots se heurtent aux limites d’une langue et d’une culture, l’image a une prodigieuse capacité de ramener la diversité des interprétations vers une vision commune.

Il est dit qu’une image vaut mille mots. On pourrait aussi dire que la même image se traduit à l’échelle de la planète en une infinie diversité de mots, chaque langue ayant son propre vocabulaire pour décrire ce qui est représenté.

Par exemple, si j’esquisse en quelques lignes la silhouette d’une colombe, chaque culture désignera cet oiseau en ses propres mots. Et s’il serait à peu près impossible que les différents peuples comprennent ce que je pourrais essayer de leur décrire verbalement, tous reconnaitront l’animal que j’ai représenté sur l’image.

SI je dessine un enfant qui pleure, tout le monde sur la terre comprend. Si je décris en mots la scène de l’enfant qui pleure, seules les personnes parlant la même langue que moi comprendront.

Le dessin d’un objet ou d’une scène a toujours été utilisé par les divers peuples pour tenter de communiquer entre eux au-delà des différents langages.

Et plus encore, là où les interprétations de langage peuvent diverger, l’image favorise le consensus en s’appuyant sur un vocabulaire visuel universel.

Évidemment, lorsque l’image est volontairement utilisée pour démarquer une identité ou un territoire, ou à des fins de propagande haineuse envers l’étranger, elle peut générer la division.

Mais d’une manière générale, l’image nous invite à la reconnaissance d’une vision commune.

À plus forte raison, lorsqu’un individu se donne le temps d’apprivoiser activement le langage pictural commun à l’ensemble de l’humanité, il s’ouvre à une façon de communiquer à la fois plus inclusive et respectueuse de la diversité humaine.

L’image ouvre les cœurs

En tant que communicateur, il m’est souvent arrivé d’utiliser un court énoncé de statistiques frappantes pour tenter de sensibiliser à l’urgence d’une situation. Je me suis aperçu que si la tête est frappée, le cœur et l’action suivent rarement.

À l’inverse, une seule image a parfois suffi pour émouvoir des millions de personnes. On se rappelle de la photo virale d’un petit enfant dont la dépouille avait été retrouvée sur le bord d’une plage en Turquie. Il s’appelait Alan, il fuyait avec sa famille la guerre qui sévissait en Syrie. La frêle embarcation qu’ils utilisaient avait chaviré.

Tout dernièrement, la photo d’un jeune père et sa fillette qui s’étaient noyés en tentant de traverser à la nage  le Rio Grande qui sépare le Mexique des États-Unis a également provoqué beaucoup plus de réactions que bien des reportages, discours et statistiques.

Bien au-delà de ces exemples extrêmes, le simple dessin d’une image peut susciter une réelle empathie.

Lors d’une activité de sensibilisation à la famine qui sévissait au Sahel, j’avais invité des passants à prendre le temps de tracer ou de dessiner des enfants souffrant de malnutrition. Deux fillettes s’étaient arrêtées à la table pour participer à l’activité.  Après avoir chacune réalisé en silence un dessin, elles étaient allées voir leur père, lui demandant de retourner à la maison. Peu de temps après, elles étaient revenues avec toutes leurs économies qu’elles ont alors offertes pour envoyer aux enfants souffrant de la faim au Sahel.

Pour ma part, chaque fois que j’ai pris le temps de dessiner des êtres humains vivant diverses situations de vie un peu partout autour de la planète, j’ai ressenti une forme de proximité s’établir, une sorte de communion d’âme, et même une reconnaissance familiale, comme si plus jamais je ne pourrais les oublier, ceux-ci étant devenus mes frères et sœurs. Jamais le simple visionnement passif d’un reportage n’a réveillé en moi une telle proximité de cœur.

Quand je parle de dessin ici, je devrais d’abord dire simple pratique de présence à l’autre. Il ne s’agit en aucun cas de performance artistique, d’expression personnelle, ou de reproduction des apparences.

Cette pratique paisible est plutôt similaire à l’utilisation d’un simple vocabulaire visuel pour transmettre la réalité humaine qui est accueillie.

Depuis l’aube de l’humanité, les êtres humains ont communiqué leur vécu au moyen de graffitis, pictogrammes et images simplifiées de toutes les sortes.

Ce langage visuel est universel et transcende toutes les frontières linguistiques.

Apprendre à communiquer en images et en mots, afin de cultiver et partager un « regard de paix »!

Les Antennes de paix en partenariat avec d’autres organismes, ont lancé des ateliers en ligne pour apprivoiser la création de « messages sans frontières », en utilisant des images accompagnées d’un minimum de mots.

L’urgence de cette série d’ateliers  voués aux communications à dimension humaine s’est révélée au travers de plus de quatre ans d’initiatives de solidarité telles que les 24 heures pour la paix dans le monde et le Prix du Public pour la Paix, menées par les Antennes de paix et Voix et Couleurs Nouveaux Médias en partenariat avec d’autres organismes.

L’hiver dernier, les participants à l’atelier Messages sans frontières se sont familiarisés avec quelques logiciels gratuits pour produire de courts messages alliant des série d’images avec du texte.

Cet été, nous proposons en complément de redécouvrir le langage pictural universel au travers des expressions picturales traditionnelles, et ce au moyen d’une série d’exercices pratiques de dessin. Voir ci-dessous pour les détails :

Aucune habileté ou expérience de dessin n’est nécessaire!

L’atelier en ligne est offert en téléconférence Zoom les mardis soir à 20h,
en reprise les jeudis à 16h durant les mois de juillet, août et septembre.

Pour les personnes qui désirent apprendre avec un rythme plus lent,
avec plus d’interactions, le même contenu est également offert
en formule allégée les mercredis matin à 10h. 

CONTENU DE L’ATELIER

 

  • Partage de pratiques et références visuelles
  • Étude du langage pictural et des symboles graphiques
  • Découvrir comment communiquer avec des images et des mots
  • Apprendre à tracer ou copier une image en la simplifiant
  • Utiliser des gabarits pour harmoniser les proportions
  • Articuler un personnage pour le rendre vivant
  • Découvrir des médiums simples pour le dessin et la mise en couleurs
  • Apprendre à photographier ou à numériser les images
  • Utiliser des applications simples et gratuites pour traiter les images
  • Mise en ligne d’images, diaporamas ou courtes animations sur les réseaux sociaux

Connexion simple au moyen de votre navigateur sur votre ordinateur, ou encore sur votre tablette ou même votre cellulaire (au moyen d’une application).

Séance d’information :
Mardi 2 Juillet à 20h et jeudi 4 juillet à 16h

L’atelier débute le mardi 9, mercredi 10 ou le jeudi 11 juillet
selon le jour auquel chacun s’inscrit.

Veuillez-vous inscrire à
messagessansfrontieres@gmail.com
Nous vous enverrons le numéro de téléconférence.
Aucun frais d’inscription… si ce n’est votre engagement à l’œuvre!

Site web
https://ateliermessagessansfrontieres.org/

 

 

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Artisans de paix Dr Denis Mukwege Le viol comme arme de guerre les violences sexuelles faites aux femmes Prix Nobel de la paix Violence envers les femmes

Le prix Nobel de la paix 2018, Dr Denis Mukwege, en visite à Montréal

Dr Mukwege3

Montréal le 08 juin 2019

Trois événements ont été organisés en sol québécois pour souligner l’ensemble de l’œuvre du Dr Denis Mukwege, gynécologue-obstétricien congolais, lauréat du prix Nobel de la paix en 2018.

D’abord, il a été honoré avec un doctorat Honoris causa de l’Université de Montréal, le 7 juin dernier à l’amphithéâtre Ernest-Cormier de cette université. Ensuite, une Conférence –Rencontre dont Antennes de paix est partenaire, a été organisée avec la diaspora et la communauté québécoise pour le 08 juin en après-midi,  à l’Amphithéâtre de la faculté de l’aménagement de l’Université de Montréal. Enfin, cette journée se termine à l’hôtel Reine-Elisabeth avec un souper-bénéfice dont le montant amassé est destiné à  la Fondation Panzi, dirigée et fondée par le Dr Mukwege en République démocratique du Congo (RDC).

Antennes de paix honore et célèbre le travail de celui qu’on appelle affectueusement «l’homme qui répare les femmes». Le Dr Mukwege travaille depuis 1999 à l’hôpital de Panzi, RDC, où il consacre la plupart de son temps à traiter et soigner des femmes qui ont été violées et mutilées par des hommes parfois en groupe et en public, dans un contexte de guerre et de conflits. En recevant son prix Nobel, en décembre dernier, il avait déclaré:

«J’accepte ce prix #Nobel de la Paix au nom du peuple #Congolais et le dédie à toutes les victimes de violences sexuelles à travers le monde. Nous devons ensemble saisir cette opportunité pour tracer une ligne rouge contre l’usage des violences sexuelles comme arme de guerre». Puis, après la remise du doctorat Honoris causa à Montréal, il a dénoncé cette pratique dans un entretien privé avec La Presse canadienne : « le viol dans les guerres et les conflits armés est une arme de destruction massive, dont les effets se font sentir sur plusieurs générations».

Branché avec conviction sur les urgences sociales locales et internationales, Antennes de paix s’associe à tous les organismes et individus pour saluer avec respect et une profonde gratitude les appels percutants à une paix durable du Dr Mukwege ainsi que son œuvre personnelle et professionnelle pour la restauration des femmes victimes de viols et violences sexuelles dans les conflits armés.

Notre organisme, une initiative citoyenne qui utilise les médias sociaux pour contribuer à la culture de la paix et de la réconciliation, reconnaît et soutient ainsi les efforts déployés pour la justice, la solidarité sociale et la paix.  Une reconnaissance qui va au-delà des frontières, cultures, religions et appartenances sociales.

Ressources à consulter pour en savoir plus sur le Dr Denis Mukwege :

http://fondationpanzirdc.org/

https://www.youtube.com/watch?v=yD_oIMqT-mA

 

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Artisans de paix Initiatives de paix Prix du Public pour la Paix

Le Prix du Public pour la Paix : aux portes du dévoilement des lauréats et lauréates 2018

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Montréal, le mercredi 21 novembre 2018

Le Prix du Public pour la Paix (PPP) est rendu à sa cinquième édition cette année. Il innove en embrassant une approche plus collaborative que compétitive qui permet d’offrir une visibilité à toutes les initiatives de paix, qu’elles soient connues ou non. Le seul objectif de ce prix demeure de faire connaître un maximum d’initiatives et d’artisan-e-s de paix au grand public, et ce au-delà de toute forme de compétition!

Le public a présenté un total de 19 candidats à cette édition; 11 ont été retenus à titre de finalistes en considérant les dossiers qui ont répondu le mieux aux demandes requises, notamment la formation d’une équipe de soutien.

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Non classé Semaine de la paix 2018

Coraline Parmentier, jeune pianiste passionnée pour la paix en visite au Québec

 

affiche tournée

Montréal, le 17 septembre 2018.

Le bref séjour de Coraline Parmentier au Québec sème un vent de fraicheur et d’amitié. Jeune pianiste de 23 ans formée à la musique classique, elle plonge dans les musiques du monde qu’elle voit comme des passages vers une meilleure reconnaissance mutuelle entre les peuples. Un parcours unique et original qui lui a valu d’être proclamée Lauréate du Prix du Public pour la Paix 2017.

D’où lui vient ce choix d’habiter les frontières de la culture occidentale et moyen-orientale?

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Messages de solidarité pour 2018

Messages de solidarité et prises de parole pour l’année 2018

Messages solidaires et prises de parole créés durant les 24 heures pour la paix dans le monde, entre la 31 décembre 2017 et le 1er janvier 2018!

Messages récoltés par l’équipe des Antennes de la paix à Montréal

 

En partage, mon message à l’occasion des 24 heures pour la Paix:

Enfants et familles, vous qui avez été déracinés de vos pays bien-aimés, contraints de fuir les horreurs de la guerre,

puissiez-vous trouver ici dans notre pays de froidure et de longs hivers, des visages ouverts, des sourires bienveillants et de nouveaux amiEs;

que le soutien de réseaux bien vivants facilite vos démarches sur votre nouvelle terre d’accueil, l’accès à un logis confortable ainsi qu’un travail qui honore vos habiletés et vos compétences.

Par votre courage, par vos talents et votre expérience, par votre présence chez nous, votre résilience nous ouvre au rappel de notre propre histoire de migration pas si lointaine.

Puissiez-vous trouver chez nous accueil cordial, chaleur et amitié, foyers et réseaux qui vous aideront à vous sentir bientôt “chez vous”, chez nous!

Marie-Hélène
Québec

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En solidarité, 

À vous tous et toutes qui êtes arrivés ici dans le besoin, je souhaite que vous vous sentiez accueillis et en sécurité, que vous puissiez construire dans la paix et l’harmonie cette vie simple et honnête dont vous rêvez pour vous-même et pour votre famille. La mienne, ma famille est arrivée sur ce continent il y a près de 400 ans, bien heureuse d’y trouver un refuge pour fuir les persécutions et la misère. À mon tour de vous souhaiter la bienvenue et une Très Heureuse Année 2018. Paix, Peace, Salam, Lapé.

Mamie Ginette

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Que la paix habite les cœurs pour qu’elle envahisse la terre balayant la haine et la peur, telle une vague portant la lumière au plus sombre de nos vies.

Ghislaine,
Argenteuil

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Avec les prophètes de la paix,

me sachant un artisan parmi d’autres
je veille avec vous dans et pour la paix,

elle nous est autant donnée que méritée,
tellement essentielle dans notre négligence,

je vis ce 24 heures pour la paix
avec la conscience vive que toute communion
nous éclaire et nous permet de vivre
des pas décisifs et un bond en avant,

Gilles Bourdeau, OFM
Ottawa  

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Message pour les Rohingyas

Peuple qui n’a pas de nom, pas de pays, pas de droits,
Peuple dont on ne peut prononcer le nom même devant ceux qui devraient te protéger.
Chassé des villages de ton pays, la Birmanie,
Tes hommes et tes femmes vivent dans l’errance
Traversant rivières et marais, forêts et landes.
Ils n’ont pas de nom, pas d’existence.

 

Au registre des peuples on veut proscrire ta nation et ta foi.
Qui donc prendra ta défense, ouvrira ses frontières
Pour te donner naissance et reconnaissance,
Tes femmes et tes filles recouvrant leur dignité
Et la joie de pétrir le pain quotidien à la manière de tes ancêtres?
Nous n’avons que les mots de la solidarité
pour t’accompagner dans ta longue marche vers la liberté

Qui invoquera le droit international
pour t’accorder la sécurité et le droit d’exister?

Gisèle
Montréal

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Pensons aux animaux!

Travaillons à promouvoir le respect des animaux par le biais de l’éducation et de la sensibilisation, en incitant les communautés et les gouvernements à la protection mondiale des animaux, pour mettre fin à leurs souffrances.

Hélène
Montréal

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La traite des êtres humains revêt bien des visages :
commerce du sexe, exploitation, contraintes, violence, esclavage. Souffrances, désespoir!

 En solidarité avec les victimes de la traite, demeurons à l’écoute des cris des femmes et des enfants trafiqués, vigilantes et prêtes à dénoncer l’indifférence et les lois injustes, prêtes à interpeller nos gouvernements pour assurer la dignité des victimes par des lois justes.

Lorette
Montréal

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Aux femmes autochtones blessées, des souhaits pour que la Commission d’enquête « Écoute, réconciliation et progrès » favorise l’écoute bienveillante de leur histoire, de leurs blessures, diminue les préjugés et ouvre une voie de guérison, de réconciliation et de paix.

Marcienne
Montréal

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Ma pensée et mon souhait pour l’année 2018 qui commence aujourd’hui, s’inspirent de plusieurs livres qui me sont venus en cadeaux ces derniers temps. Je veux citer en particulier La vie secrète des arbres de Peter Wohlleben, Le banc du temps qui passe d’Hubert Reeves, Dire non ne suffit pas de Naomi Klein, God Help the Child de Toni Morrison, mais aussi de l’exemple qui m’est donné chaque jour de l’esprit d’accueil qui se manifeste sous tant de différentes manières autour de nous et parmi nous, jusque dans le plus lointain, sans n’oublier personne.

Pour résumer tout cela, dans une pensée qui rejoint celle du Dalai Lama, j’emprunterai les mots de Matthieu Ricard :

À l’image d’un flocon de neige qui tombe et se dissout dans l’océan, et durera aussi longtemps que l’océan lui-même, […] puisse l’énergie positive engendrée non seulement par nos méditations, mais par tous nos actes, paroles et pensées bienveillantes, passées, présentes et futures, contribuer à soulager les souffrances des êtres, à court et à moyen terme. Souhaitons du fond du coeur que, par le pouvoir de ce que nous avons fait, les guerres, les famines, les injustices, et toutes les souffrances causées par la pauvreté et les maladies physiques ou mentales s’apaisent.
Matthieu Ricard, L’art de la méditation, Nil, éditions Paris, 2008, Pocket, p. 132.

Guy Demers
Montréal

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Message reçu sur la page Facebook des Antennes de paix

Que la paix, la joie et l’Amour comblent tous les coeurs, et contribuent à favoriser plus d’ouverture, d’écoute et d’accueil!! Bonne Année 2018!  et que règne l’harmonie entre tous!

Suzanne DesRochers Chartrand

 

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Un message du président des Antennes de paix

« La paix et la guerre commencent au foyer. Si vraiment nous voulons qu’il y ait la paix dans le monde, commençons par nous aimer les uns les autres au sein de nos propres familles. Si nous voulons semer la joie autour de nous, cherchons à ce que toute famille vive heureuse.»

Mère Teresa

A l’occasion de cette période des fêtes, nous vous souhaitons de vivre pleinement le bonheur d’être en famille, en harmonie avec celles et ceux qui vous entourent, autant dans le confort de votre foyer que de votre voisinage.

Puissions-nous vivre pleinement la rencontre avec toutes les personnes qui nous ressemblent et toutes celles qui nous ressemblent moins !

Que chaque rencontre soit l’occasion de manifester notre compassion et notre solidarité envers l’autre, qui n’est peut-être que le reflet de nous-mêmes.

Que 2018 nous donne l’occasion de continuer à tisser des liens avec d’autres, nous permettant ainsi de nous reconnaître dans un mouvement plus grand qui soit nourrissant et source de fierté!

Pour Antennes de paix,
Ferdinand Djayerombe Vaweka
Président

 

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Quelques messages récoltés par Fanny de l’équipe du dépanneur Sylvestre, dans la région de Gatineau :

 

Je monte parfois sur la montagne saluer les arbres et les peuples du monde, ici là-bas tout proche. Ce jour est une journée de bonheur. J’ai l’impression que ma présence est un éloge au silence. Peut-être que c’est ainsi que les peuples de la terre, en déroutes, cueillent un fragment d’espoir.

Michel Côté

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L’aube naît et me prête vie
À midi, la source me blanchit
Après je vais et je vis
Fin d’après-midi, je mange et je ris
Puis la nuit change mon soleil en cheveux gris
Et toute la journée, j’ai aimé
Est-ce pareil pour toi, mon ami?

Louise Ethier

Lire la suite sur notre page poèmes
https://antennesdepaix.org/poemes/

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À l’occasion de la Nouvelle Année 2018, je voudrais souhaiter à toute la diversité humaine qui nous enrichit tellement, une heureuse place parmi nous, dans un monde de liberté, de tolérance, de fraternité, de partage, de paix et de joie.

Je vous offre un petit parapluie, comme un abri face aux difficultés de la vie, comme de simples petits gestes à offrir à son prochain, un espoir ensoleillé!

Heureuse Année 2018

Gilles Pilon

Écouter la chanson :  « Un parapluie»

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Messages illustrés réalisés durant la veille de l’An au dépanneur Sylvestre

D’après une photo du livre « Tippi et les animaux »

Je souhaite de tout cœur que pour l’année 2018 et toutes les autres à venir le gens embrassent la vie, embrassent les animaux, en les respectant, en conservant leur habitat, en reconnaissant qui ce sont des êtres qui ont autant le droit de vivre sur la planète que nous, et arrêter de les considérer comme des êtres existants juste pour le bénéfice de l’être humain… et les exterminer s’il ne fait notre affaire…

Je souhaite de tout cœur que dans l’année 2018 et toutes les autres à venir, nous faisions tous un pas pour contrer le réchauffement climatique, comme freiner notre consommation, arrêter la pollution causée par le suremballage, la production de viande et d’huile de palme, l’utilisation de sacs en plastique… Nous tous dans notre quotidien pouvons décider aujourd’hui que nous voulons que les choses changent…

Je souhaite de tout cœur que pour l’année 2018 et toutes les autres à venir que les gens arrêtent d’abandonner leurs animaux de compagnie, qu’ils honorent leur adoption en leur offrant de la compagnie, de l’eau et de la nourriture en quantité suffisante pour qu’ils vivent une vie paisible. Je souhaite qu’on ne trouve plus des animaux qui errent et s’entretuent pour de la possible nourriture. Je souhaite de tout cœur que les gens s’ouvrent vers les animaux errants en leur offrant de quoi manger et boire, ou simplement leur ouvrir la porte de chez eux…

Eda

 

 

 

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« Par amour pour tous les êtres vivants vulnérables…enfants, animaux, personnes avec des déficiences intellectuelles ou physiques, des problèmes de santé mentale, souffrant de dépendances ou de solitude…vous n’êtes pas seuls. Tendez vos bras, demandez de l’aide, priez, suppliez… vous serez entendus et aimés. »

Colette

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Reçu sur la page Facebook du dépanneur Sylvestre

Véronique Besançon

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Les prises de parole

 

Priorités pour 2018

L’équipe des Antennes de paix s’est prêtée à un exercice dans le cadre de sa mission en se questionnant sur les priorités à mettre de l’avant en 2018

Au seuil d’une nouvelle année, nous nous sentons partagés entre l’espoir et la crainte, la confiance et le doute, tellement nous sommes conscients des forces contraires qui sont à  l’œuvre. Faisons le pari qu’ensemble nous pouvons faire pencher la balance du côté de l’espoir et de la confiance.

Lire les « Priorités pour 2018 »
https://antennesdepaix.org/priorites-pour-2018/

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Répression inédite des manifestations pacifiques du 31 décembre 2017 en RDC

Un article du président des Antennes de paix  qui fait état de la répression d’une manifestation pacifique la veille du jour de l’An dans son pays d’origine, la RDC.

« Pour contrer ces manifestations pacifiques, le régime de Kinshasa a procédé à la coupure d’internet sur l’étendue du territoire national, au déploiement d’un arsenal sécuritaire ostentatoire et à l’érection des barrages policiers, particulièrement dans la capitale. »

Lire la suite de l’article…
https://antennesdepaix.org/repression-inedite-des-manifestations-pacifiques-du-31-decembre-2017-en-rdc/

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Réflexions sur Internet et nos habitudes de consommateurs en ligne

Nous savons tous que l’univers numérique change notre manière de prendre les décisions, de nous comporter les uns avec les autres…
Le monde virtuel joue un rôle important dans nos vies, en multipliant nos communications avec des personnes qui vivent à l’autre bout du monde. …
Toutefois la recherche d’une communication toujours plus rapide comporte aussi des limites et quelques pièges mis en évidence lorsque des comportements sur les médias sociaux sont cités en procès. Usagers consommateurs, sommes-nous suffisamment conscients des règles du jeu, en avons-nous la maîtrise ? Rien n’est moins sûr…

Une recherche de fond rédigée par Amandine Ongotha Russell, lors d’un stage aux Antennes de paix, dans le cadre de son cours en communications sociales à Université Saint-Paul.

Lire l’ensemble de ka réflexion …
https://antennesdepaix.org/reflexions-sur-internet-et-nos-habitudes-de-consommateurs-en-ligne/

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Un texte inspiré d’un auteur inconnu, que Bernard Ménard de Notre-Dame-du-Cap nous invite à découvrir!

Il est décrété une année de bienfaits et de grâces
où le boiteux bondira comme un jeune cerf,
où les réfugiés auront le monde comme patrie,…

Il est décrété le temps d’une paix
où l’arme absolue sera l’amour,…

Lire la suite du décret…
https://antennesdepaix.org/decret-dune-annee-de-paix/

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Lire aussi le suivi de Bernard Ménard à propos de la « Rencontre entre Premières Nations et peuples immigrés au Québec depuis 4, 40 ou 400 ans :des pas dans la direction de la réconciliation et de la paix.
https://antennesdepaix.org/premieres-nations-des-pas-dans-la-direction-de-la-reconciliation-et-de-la-paix/

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Les migrants et les réfugiés : des hommes et des femmes en quête de paix

Intentions de prière inspirées par le message du pape François pour la célébration de la 51e Journée mondiale de la paix, le 1er janvier 2018

il y a 250 millions de migrants dans le monde, dont 22 millions et demi sont des réfugiés.  À l’invitation du Pape François, tournons nos yeux vers les personnes migrantes et réfugiées « qui fuient la guerre et la faim ou qui sont contraintes de quitter leurs terres à cause des discriminations, des persécutions, de la pauvreté et de la dégradation environnementale ».

Lire les intentions de prière
https://antennesdepaix.org/intentions-de-priere/

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Journée internationale des peuples autochtones

Journée internationale des peuples autochtones – Témoignages d’une rencontre

Aujourd’hui, le 9 août,
nous célébrons la Journée internationale des peuples autochtones.

Sur les chemins de la véritable réconciliation et paix, ainsi que pour retrouver le lien sacré avec l’ensemble des êtres vivants et notre planète, il nous reste tant à apprendre de la sagesse des Premières Nations.

À la fin du mois de mai dernier avait lieu à Trois-Rivières, au sanctuaire Notre-Dame-du-Cap, un événement intitulé : « Rencontre entre les Premières Nations et les peuples immigrés au Québec depuis 30 ou 400 ans ».

Bernard Ménard, l’initiateur de la rencontre témoigne de son côté : « Nous ne voulions pas que ce temps précieux en soit un de spectacle, comme lors de l’ouverture des compétitions sportives ou de parades. Rencontrer pour vrai suppose le partage des blessures, ouvrant à la compréhension plutôt qu’à l’exclusion. Le partage des richesses aussi afin de créer la solidarité nécessaire pour rêver ensemble d’un avenir meilleur pour tous, en reconnaissant l’apport de chaque culture et civilisation. Comment faire la part entre les progrès dont bénéficient l’humanité, y compris les autochtones, et la nécessité de retrouver une sagesse ancestrale?»

Lire la sélection de témoignages partagés durant cette rencontre!
https://antennesdepaix.org/peuples-autochtones-il-nous-reste-tant-a-apprendre-deux/

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Journée internationale des femmes

Pétronille VAWEKA RUTAYA, médiatrice pour la paix

À l’occasion de la Journée internationale des femmes, le  8 mars, nous sommes impatients de faire connaître le parcours d’une fervente artisane de paix. Établie maintenant à Kinshasa, en République Démocratique du Congo, Pétronille Vaweka demeure à ce jour la seule Congolaise ayant agi comme médiatrice pour la paix face à des chefs de guerre, puis comme députée du gouvernement de transition appelée à instaurer les services essentiels à la vie et à la paix. Rencontre avec une femme de compassion qui a su toucher le cœur des faiseurs de guerre.

 

Des médiateurs plutôt que des soldats

À voir les reportages de guerre qui agitent les pays du Moyen-Orient et plusieurs pays d’Afrique, on se demande quelles forces peuvent venir à bout des armes et des intérêts en jeu. De longs  pourparlers de paix menés au niveau diplomatique entre pays belligérants parviennent à  dénouer des impasses. Quand il s’agit de conflits et de guerre civile à l’intérieur d’un pays, d’autres règles s’imposent, et même les Casques bleus chargés des opérations de maintien de la paix au nom des Nations Unies ne peuvent remplir le rôle qui leur est habituellement confié.

C’est alors qu’interviennent les médiateurs pour la paix sur le terrain, accompagnant les groupes qui sont en lutte pour conquérir leur parcelle de pouvoir sur les populations et plus encore sur les richesses d’une région[i]. Ces médiateurs sont habituellement des professionnels qui osent croire à une paix possible. Qu’est-ce qui les motive intérieurement à prendre les risques du métier? La réponse à cette question importe beaucoup aux Antennes de paix, puisque la paix en soi et la paix dans le monde sont intimement liées.

 

Une Congolaise appelée à servir la paix

Travailleuse humanitaire et mère de famille, Pétronille Vaweka Rutaya est l’une de ces médiatrices qui s’est engagée pleinement pour rétablir la paix en Ituri, district situé au Nord-Est de la République Démocratique du Congo (RDC). Pendant sept ans elle a mené avec succès des négociations avec des chefs de groupes armés qui terrorisaient la population. Nous avons voulu nous approcher du parcours aussi inattendu que périlleux de cette femme reconnue  « experte en gestion des conflits à la Coordination nationale de Stabilisation et Reconstruction (STAREC) en République Démocratique du Congo ».

Du 6 au 15 février 2017, Pétronille était l’invitée principale de la Semaine de la paix organisée au Québec par Pax Christi Montréal sur le thème « Médiation, démocratie: une voix vers la paix! Le cas de la République Démocratique du Congo ». Antennes de paix l’a rencontrée afin de découvrir à même son expérience ce qui fut l’âme de son travail pour la paix.

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Antennes de paix – Dans quel contexte avez-vous commencé votre travail de médiation?

Pétronille  – Comme humanitaire, employée d’Oxfam Grande-Bretagne pour aménager des points d’eau dans les villages et sur des sites des personnes déplacées, il m’a été demandé par le coordonnateur régional d’initier un programme de médiation afin de mettre fin à la guerre interethnique; moi, mère de six enfants âgés de 9 à 14 ans, incluant deux couples de jumeaux. J’ai réfléchi pendant quelques mois sur la mission impossible qu’on me proposait.

Par où commencer? J’ai lancé avec quelques amis la Fondation pour la Paix Durable.

Deux ans plus tard, des citoyens harassés par des années de la guerre civile m’ont envoyé un émissaire. « Tu dois nous aider, il n’y a que toi pour arrêter ces affamés de guerre ».

Dans le chaos de ce pays, je sais que les Ougandais rôdent encore dans les parages, que Héma et Lendu, deux groupes ethniques de l’Est du Congo s’affrontent. Je vois que je ne peux compter sur des services de protection. Moi-même je n’ai pas de formation spéciale en résolution des conflits. Alors comment convaincre des chefs de guerre de déposer les armes? Que pourrais-je leur offrir en échange de l’argent que leur procurent les pillages, le commerce des armes? Faisant fi de ces objections, l’émissaire persiste. « Il n’y a que toi pour les convaincre d’arrêter ces massacres! »

J’ai compris intérieurement qu’il me fallait agir, entrer dans cet enfer de la guerre pour qu’on arrête de s’entretuer et que la vie normale reprenne.

Antennes de paix – Quelles répercussions cette responsabilité aura-t-elle sur votre famille?

Notre famille était installée à Bunia, la ville principale de l’Ituri. Le pays était occupé par des armées étrangères et plusieurs milices. On entendait dire que « pour sauver le Congo, l’ONU doit commencer par pacifier l’Ituri». Les Casques bleus s’y amènent pour une mission de paix[ii]. Avec l’aide de la communauté internationale la RDC adopte, en avril 2003, une nouvelle constitution. Un mois plus tard, Bunia est mise à sac par des milices. Les réfugiés s’entassent dans les camps de l’ONU et à l’aéroport sous la menace des tirs de mortier.

Nous sommes tous en danger. Un jour mon mari se rend en avion au marché de Kisangani pour vendre une grande quantité de poisson salé. Des combats éclatent. Impossible de rentrer à Bunia; il n’a d’autre choix que de prendre le bateau en direction de la capitale Kinshasa. La guerre nous a séparés pendant sept ans. À un moment donné, notre maison de Bunia est pillée et entièrement détruite. Les enfants se sont réfugiés sous un manguier (arbre). Ensuite, ils ont été dans l’un des camps des personnes déplacées à l’aéroport de Bunia.

Présidente de l’assemblée de l’Ituri et députée, j’étais avec les enfants au début de mon travail; ensuite je les ai quittés parce que j’étais recherchée par les extrémistes qui ne voulaient pas la fin de la guerre, étant donné qu’ils bénéficiaient des avantages économiques énormes.

Antennes de paix – En faisant ce travail de médiation, comment avez-vous pu obtenir que des combattants déposent les armes et changent d’orientation?

 J’ai dû commencer par faire un grand effort sur moi-même pour changer ma manière de voir ces hommes. J’avais devant moi des violeurs, des tueurs qui employaient toutes sortes de moyens en menant cette guerre. Je devais arriver à les voir non pas comme des ennemis mais comme des êtres humains. Alors ils se sentaient respectés comme êtres humains malgré tout le mal qu’ils avaient commis. Ce travail intérieur m’a coûté beaucoup, il était essentiel.

Antennes de paix –  Vous étiez en situation d’exercer un certain pouvoir; était-ce un grand atout?

Au début j’étais une médiatrice sans autre pouvoir que celui d’avoir été sollicitée pour une mission. En 2003, élue démocratiquement Présidente de l’Assemblée Spéciale Intérimaire de l’ITURI et Députée Nationale de la transition, j’ai exercé un certain pouvoir. Dans l’une et l’autre situation, je n’arrivais pas à ces chefs de guerre comme une personne de pouvoir. Je devais rester humble devant eux, je venais solliciter ce qu’ils avaient de meilleur pour qu’ils trouvent eux-mêmes la solution. D’ailleurs, cela vaut dans toutes les relations humaines, dans la vie de couple, avec vos enfants et les gens de votre communauté. L’orgueil fait trop de ravages, empêche de débloquer des situations.

Antennes de paix – N’avez-vous pas craint pour votre vie?

Pétronille – J’étais une femme désarmée devant des hommes armés – un coup de fusil et je pouvais disparaître – Ces hommes comprenaient que je prenais des risques et ils me respectaient.

L’une des pires situations que j’aie connues concerne un appel téléphonique reçu à 9 heures du soir pour la libération d’un otage. Je suis partie seule avec le chauffeur – il ne fallait surtout pas alerter la MONUC. En pleine nuit, on avance dans la jungle selon les consignes que l’autre partie nous donne par téléphone. Arrivés à un certain point, on nous demande de ne plus avancer. On me lance des insultes et des insultes probablement pour me faire perdre mon calme et trouver prétexte à tirer. Je garde mon calme en priant tous les saints du ciel. Ces hommes armés finissent par lâcher prise, s’en vont et nous laissent en plan dans le noir de la jungle avec un type inconnu qu’il faut ramener en ville. La parole donnée est la seule arme dans de telles circonstances.

Antennes de paix – En fin de compte, qu’avez-vous compris de ces hommes qui s’en remettaient  au pouvoir des armes?

Pétronille – En les côtoyant, j’ai entendu leurs histoires. Certains avaient pris les armes par désespoir, par suite de circonstances qui ne leur laissaient aucune autre issue. Ils étaient malheureux sous couvert de jouer les plus forts. Leur vie était aussi en danger. Certains avaient été recrutés parfois très jeunes pour gonfler les rangs des milices formées d’anciens soldats, d’autres avaient joint les troupes des pays limitrophes qui convoitaient et convoitent encore l’or et le diamant de notre pays.

Aujourd’hui, la milice reprend ses activités nocives, plusieurs familles sont encore dans l’errance parce qu’on ne leur donne pas une alternative de sortie de violence.

 

Antennes de paix – Et les femmes?

Pétronille – Toujours, j’ai travaillé pour donner plus de place aux femmes. Avant la guerre civile, pendant deux ans, mon mari et moi avons vécu avec nos enfants dans un village proche des Pygmées où les femmes ne sont pas reconnues. Je me suis approchée des femmes pour qu’elles soient conscientes de leur valeur et soient mieux respectées dans leur communauté.

Pendant la guerre, la vie des femmes est indescriptiblement atroce. Rongées d’inquiétude pour leur mari et leurs enfants, privées des approvisionnements réguliers, menacées jour et nuit de tomber entre les mains des pilleurs et des violeurs, la plupart trouvent le courage de faire face au danger mais certaines perdent leur équilibre, sombrent même dans la folie. Plusieurs venaient me trouver pour obtenir conseil et réconfort. Je n’avais souvent que mes bras pour les consoler d’avoir tout perdu.

Je suis membre fondateur de l’Union des femmes du Congo (UFECO), directrice de l’ONG Fondation Paix Durable, membre co-fondateur de l’Initiative des Femmes pour la paix dans la région des Grands Lacs, membre du Comité des femmes de l’Union africaine et d’autres ONG qui ont un effet plus ou moins direct sur la vie des femmes.

 

Antennes de paix  – Tous les défis que vous avez relevés supposent que vous êtes douée d’une réelle force intérieure. Où puisez-vous cette force pour construire une paix durable?

Pétronille – Dans toutes les guerres, les femmes se signalent par leur abnégation, leur travail, leur amour. Je n’y fais pas exception. Dans ma jeunesse j’ai fait partie des premiers enfants noirs à fréquenter l’école des Blancs. Nos parents nous ont appris à rester fiers de notre identité.

J’ai eu la chance de vivre dans une famille croyante, très active dans la communauté chrétienne. La foi en Dieu permet de tenir, d’oser et d’avancer. Quand je crois, je crois! Je m’accroche. Parfois c’est la tempête et je dis : regarde, je suis dans la barque… et tu dors! Quand je Lui parle, j’attends une réponse. En acceptant de faire la redoutable médiation j’ai demandé deux choses : ne jamais voir de cadavre et que mes enfants soient protégés. Et cela m’a été accordé.

Antennes de paix – Un immense merci, chère Pétronille, d’avoir ainsi partagé les convictions et notamment les attitudes qui ont guidé votre travail de médiatrice pour la paix pendant ces longues années. Vos propos révèlent « une foi à transporter les montagnes », une foi qui a le réalisme de la vision, la compassion du cœur et le savoir-faire des mains pour agir.

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Ressources à consulter pour mieux connaître le parcours de Pétronille Vaweka Rutaya :

http://www.globalsecurity.org/military/world/para/mrc.htm sur la situation en Ituri.

https://www.digitalcongo.net/article/34174 – sa nomination au Comité des femmes africaines de l’Union africaine.

http://www.memoireonline.com/02/12/5225/m_De-l-applicabilite-du-chapitre-VII-de-la-charte-de-lONU-dans-les-conflits-identitaires-en-RDC-c19.html sur le conflit en Ituri entre Héma et Lendu.

https://www.eda.admin.ch/content/dam/countries/countries-content/the-democratic-republic-of-congo/fr/Rapport%20SF%20RDC_0409.pdf sur la situation de la femme en RDC.

http://www.irinnews.org/fr/questions-r%C3%A9ponses/2003/09/17 sur l’Opération Artémis.

http://www.rcn-ong.be/IMG/pdf/7-_portraits.pdf « Vivre c’est oser »

http://impactcampus.ca/international/la-paix-par-la-mediation/

[i] Sur le recours croissant aux médiateurs de la paix, lire l’entrevue avec Garry Beitel, réalisateur canadien du film À la poursuite de la paix / In Pursuit of Peace. Aller à https://voir.ca/cinema/2015/11/13/a-la-poursuite-de-la-paix-aux-ridm-entrevue-avec-garry-beitel/

[ii] L’action de Pétronille Vaweka Rutaya est citée dans le documentaire intitulé Le prix de la paix, réalisé en 2006 par l’ONF (Canada) et ARTE (France). Le DVD est accompagné d’un « Guide d’enseignement ». En savoir plus : www.onf.ca/leprixdelapaixeditionspeciale/

 

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Artisans de paix Initiatives de paix

La 4e édition du Prix du Public pour la Paix – miroir de nos solitudes ou de nos solidarités?

Il est fascinant de voir à quel point nous sommes collectivement hypnotisés par les acteurs de division, d’exclusion et de violence armée. Les grands médias ne le reflètent que trop bien. Par ailleurs, nous ne nous préoccupons guère de donner de la visibilité aux milliers de personnes qui œuvrent quotidiennement dans l’ombre à la réconciliation, contribuant à la non-violence et à la paix.

Les instigateurs du Prix du Public pour la Paix ont, quant à eux, compris que tout le monde espère, depuis la tendre enfance, une forme de reconnaissance de la part d’autrui, une des raisons fondamentales pour laquelle ce prix public a été créé. Ils nous rappellent que pour les artisan-e-s de paix de certains pays, qui bien souvent s’engagent au péril de leur vie, des manifestations de soutien provenant d’autres régions de la planète peuvent s’avérer vitales pour la poursuite de leurs actions.

L’édition 2017 du Prix en fait foi: une vingtaine de personnes et d’organisations ont été présentées au Prix, dont la moitié ont reçu suffisamment de soutien du grand public pour être qualifiées de finalistes. Les nominations du public sont venues de l’Afrique (Cameroun, Ghana, Nigeria), du Moyen-Orient (Yémen) et de l’Asie (Inde, Pakistan), des Amériques (Colombie, États-Unis) et d’un seul pays d’Europe (France).

Là où existent tensions et rivalités entre groupes humains, où l’on doit protester contre des emprisonnements injustes, là où les droits des minorités ne sont pas respectés, là où la discrimination accompagne les déplacements de population, il se trouve des jeunes, des hommes et des femmes qui sortent de leur confort pour éveiller leur collectivité aux enjeux de l’heure, faisant preuve d’imagination pour sensibiliser, mobiliser leurs compatriotes à retrouver  leur dignité.

Merci de partager la vidéo à partir de Vimeo, de la page Facebook, du compte Twitter ou de la chaine YouTube du Prix du Public pour la Paix.

Notre réponse à nous, du public

À l’ère du web l’action se déroule à l’échelle de la planète; pour cette raison, le Prix du Public pour la Paix est une initiative en ligne, en trois langues, qui veut donner une chance égale à tous tant pour l’accès à la visibilité qu’à l’expression de la solidarité sans frontières.

Antennes de paix est un partenaire majeur du Prix du Public pour la Paix parce que la mission de cette initiative en ligne rejoint la nôtre : promouvoir une culture de non-violence et de réconciliation pour une paix juste, dans un monde libéré de la violence et de la peur. Nous sommes fiers d’apporter notre modeste part à une équipe de professionnels des médias sociaux (illustration, rédaction, production de vidéos, etc.) assistés de bénévoles qui consacrent gratuitement des centaines d’heures de travail à faire connaître le mieux et le plus possible les initiatives et artisan-e-s de paix.

En qualité de partenaire de soutien et de diffusion, nous sommes toutefois surpris de constater que les candidats au prix reçoivent très peu d’appui de la communauté internationale et qu’ils doivent avant tout compter sur leur propre réseau dans leur propre pays pour être soutenu. Autrement dit, nous gens du Nord qui sommes les plus branchés de la planète, ne prenons pas, ou si peu, la peine d’exprimer notre soutien aux finalistes proposés par des citoyens d’autres continents!

Qu’est-ce que cela veut dire? Sommes-nous dans ce pays à ce point indifférents et peu intéressés à ce qui contribue à notre paix globale, peu importe où sur la planète? Sommes-nous à l’échelle de l’humanité, encore et malgré nos efforts occasionnels de solidarité, d’abord et avant tout concentrés sur nos propres initiatives, au point qu’il nous est difficile de sortir de notre propre réseau? C’est pourtant une tout autre approche qui a été encore une fois préconisée lors du dernier Forum social mondial tenu à Montréal en août 2016.

Le Prix du Public pour la Paix n’est certes pas la seule initiative citoyenne qui mérite notre soutien, mais c’est la seule distinction pour la paix dans laquelle les candidats sont proposés, nominés et appuyés par de simples citoyen-ne-s de la planète. Qui dit plus démocratique?

À quelques jours/ heures de la proclamation des lauréats, début février 2017, souvenons-nous que des artisan-e-s de paix partout sur la planète ont besoin de reconnaissance. Nous vous invitons à visiter le site, à vous abonner en laissant votre adresse courriel sur le site à https://prixpublicpaix.org/, puis à aimer la page Facebook du Prix du Public pour la Paix.

Et n’hésitez pas à laisser des commentaires et suggestions à l’Équipe du Prix du Public pour la Paix.

Antennes de paix

antennesdepaix@gmail.com

Le 25 janvier 2017

 

 

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Journée internationale de la tolérance Liberté religieuse

En cette journée d’appel à la tolérance …et à la liberté religieuse

La veille de la Journée internationale de la tolérance, célébrée le 16 novembre, le Rapport 2016 sur la liberté religieuse dans le monde révélait que la situation de la liberté religieuse s’est clairement aggravée dans 14 pays (37 %) et ne démontrait aucun signe de changement évident en 21 pays (55 %).

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Sur les 196 pays couverts par l’étude de l’organisation internationale Aide à l’Église en détresse, 38 se caractérisent par des violations importantes de la liberté religieuse. Dans ce groupe, 23 pays ont été classés dans la catégorie de haut niveau dénommée « persécution » et les 15 restants dans la catégorie « discrimination ».

En 23 pays les violations contre la liberté religieuse vont au-delà des formes relativement modérées de l’intolérance pour représenter une violation fondamentale des droits de l’homme.

Les chrétiens sont l’un des groupes religieux victimes des persécutions. Antennes de paix propose ici de nous laisser toucher par l’appel des chrétiens du Moyen-Orient répercuté à Montréal lors d’un colloque, et de nous interroger sur le quasi silence des grands médias sur un enjeu qui relève du respect des droits et libertés.

Un impressionnant dossier présenté par GisèleTurcot :

Un appel des chrétiens persécutés, au Moyen-Orient et ailleurs

https://antennesdepaix.org/un-appel-des-chretiens-persecutes-au-moyen-orient-et-ailleurs/

Pour en savoir plus à propos du Rapport 2016 sur la liberté de religion :

http://www.liberte-religieuse.org/ Observatoire international sur la liberté religieuse.

http://files.acn-aed-ca.org/28-pages-2015-2.pdf Rapport 2015 de l’AED Canada

https://www.youtube.com/watch?v=Id-82ygd27o clip de présentation du rapport 2016 – Brisons le silence…

http://information.tv5monde.com/en-continu/nouvelle-degradation-de-la-liberte-religieuse-dans-le-monde-selon-un-rapport-139098 Carte intitulée: L’intolérance religieuse en 2016

http://www.lexpress.fr/actualites/1/styles/nouvelle-degradation-de-la-liberte-religieuse-dans-le-monde-selon-un-rapport_1850569.html carte du monde

http://www.lalibre.be/actu/international/un-rapport-pointe-une-nouvelle-degradation-de-la-liberte-religieuse-dans-le-monde-582aefb8cd70735194a21e7c

http://www.lefigaro.fr/international/2016/11/15/01003-20161115ARTFIG00181-la-liberte-religieuse-est-en-recul-dans-le-monde.php

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Artisans de paix résilience

Le Souffle d’Etty. Jet de lumière dans la nuit

En tournée au Québec du 7 octobre au 12 novembre 2016, la Compagnie française de théâtre Le Puits, en collaboration avec l’Association des Arches du Québec, nous offre Le Souffle d’Etty. Grâce à la mise en scène de Michel Vienot assisté au décor par Jacques Félix Faure, deux comédiennes, Annick Galichet et Mary Vienot, relèvent magnifiquement le défi de transformer en jeu théâtral le journal intime qu’Etty Hillesum a écrit au temps de la Shoah. Les pièces musicales et les chants donnent au dialogue le temps de se déposer chez le spectateur, ravi de se laisse aspirer et inspirer par le récit d’un itinéraire lumineux.

 

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Le rideau s’ouvre sur un jet de lumière. Est-ce un carré de sable pour enfants que j’aperçois là? Et ce jeu de poulies accrochées à un poteau vers la gauche, à quoi  pourrait-il bien servir? Tout le décor un peu sombre s’anime dès l’entrée en scène des deux comédiennes dévorées du même feu qui animait Etty Hillesum, cette jeune femme juive, hollandaise,  dont elles se font porte-parole pendant une heure et demie.

Le Souffle d’Etty est la mise en scène captivante du journal intime qu’elle a rédigé entre 1941 et 1943, dans la Hollande occupée par les Allemands, pendant ses études en droit à Amsterdam. Etty Hillesum y trouve un refuge où elle livre sans détour ni complaisance pensées, émotions, passions qui l’agitent et la rendent souvent malheureuse. À mesure qu’elle met des mots sur les mouvements intérieurs qu’elle analyse, aidée en cela par la relation qu’elle développe avec le psychologue Julius Spier, disciple de Karl Jung, elle découvre un chemin de libération et de joie qui va se déployer jusqu’à sa mort le 30 novembre 1943.

Par la magie de la musique, du chant, du jeu corporel tout en souplesse de Mary Vienot et Annick Galichet, une grand-mère (Masha) et sa petite-fille (Lucy) avide de retracer l’itinéraire d’Etty, le spectateur est lui aussi fortement attiré vers le mystère qui se donne à voir : une voix intérieure prend forme, devient plus forte que les bruits de guerre alentour. Une voix plus pénétrante que la haine et la vengeance, qui libère la bonté des êtres et ouvre une percée sur la bienveillance divine.

Du chaos en soi et au dehors

Etty n’y arrive pas d’un seul trait, c’est ce qui la rend si proche de nous. Elle se fraie un chemin dans son « chaos intérieur ». Elle ne mâche pas ses mots pour décrire ses poussées de déprime, de vanité ou de volupté afin de les exorciser. C’est un rude combat, adouci par la source qu’elle sent jaillir en elle. Lorsque le jeu des poulies glisse la chaudière remplie de sable sous le faisceau de lumière, tel un sablier, le spectateur comprend que le temps est un incontournable maître de sagesse.

Mais ce regard sur soi n’est-il pas d’une grande futilité face à l’état du monde qui se dégrade autour d’elle? Etty Hillesum se débat avec cette question – comme ce théologien qui demandait : avons-nous le droit d’être heureux pendant que des enfants meurent de malnutrition, que des millions de personnes sont forcées de tout quitter pour sauver leur vie?

« Avec toutes ces souffrances autour de soi, on en vient à avoir honte d’accorder tant d’importance à soi-même et à ses états d’âme.  Mais il faut continuer à s’accorder de l’importance, rester son propre centre d’intérêt, tirer au clair ses rapports avec tous les évènements de ce monde, ne fermer les yeux devant rien, il faut ‘’s’expliquer’’ avec cette époque terrible et tâcher de trouver une réponse à toutes les questions de vie ou de mort qu’elle vous pose. Et peut-être trouvera-t-on une réponse à quelques-unes de ces questions, non seulement pour soi-même, mais pour d’autres aussi.» (Journal, p. 51)

Époque terrible en effet. Une page de son journal en témoigne :

« Cela recommence : arrestations, terreur, camps de concentration, des pères, des sœurs, des frères arrachés arbitrairement à leurs proches. On cherche le sens de cette vie, on se demande si elle en a encore un. Mais c’est une affaire à décider seul à seul avec Dieu. Peut-être toute vie a-t-elle son propre sens, et faut-il une vie pour découvrir ce sens. » (Journal, 14 juin 1941, p. 37)

En juillet 1942, Etty est appelée à servir le Conseil juif que les Allemands ont constitué. Elle va partager les tâches ingrates d’identification de ses compatriotes mais aussi les privilèges de la petite bureaucratie. Deux semaines après son entrée en service, le Conseil décide d’affecter une partie de son personnel au camp de Westerbork. Etty s’offre pour y aller. Elle y arrive en tant que « fonctionnaire », agissant comme infirmière, travailleuse sociale et même guide spirituel. À trois reprises elle peut sortir du camp pour des raisons de santé qui la ramènent à Amsterdam. Des amis veulent l’aider à se cacher, elle refuse. Le 5 juin 1943, elle reprend le chemin de Westerbork d’où elle partira avec sa famille vers Auschwitz le 7septembre de la même année.

Le jeu théâtral fait de paroles, silence et musique, sert admirablement les prises de conscience d’Etty. Par exemple, son attitude face à la souffrance issue de la terrible réalité :

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Son choix délibéré et généreux d’accompagner ses compatriotes vers une mort annoncée provoque l’étonnement chez  la grand-mère et sa petite-fille; elles ont bien du mal à s’en expliquer. Alors elles empruntent les mots d’une prière consignée au journal d’Etty :

« Mon Dieu, prenez-moi par la main, je vous suivrai bravement, sans beaucoup de résistance. Je ne me déroberai à aucun des orages qui fondront sur moi dans cette vie. (…) Je vous suivrai partout et je tâcherai de ne pas avoir peur. (…) Je ne veux rien être de spécial. Je veux seulement tenter de devenir celle qui est déjà en moi. » (Journal, p. 78)

Ainsi comme l’a écrit Jean Vanier, nous apprenons comment, d’une vie débridée, Etty a pu  devenir une femme qui a pas à pas découvert son centre et finalement la présence de Dieu en elle, sans être reliée à une église ou à une religion.

Chemin vers soi, chemin vers Dieu

C’est sans doute pourquoi le parcours d’Etty Hillesum  – les écrits et la pièce de théâtre de la Compagnie Le Puits –  a tellement de résonance. Spécialement auprès des nouvelles générations qui incarnent la recherche du sujet que la modernité a mis au centre de toute évolution. La quête de sens, de spiritualité, s’appuie en effet sur l’impérieuse nécessité d’être soi-même, de protéger ses intuitions contre le « prêt-à-penser » des institutions ou ce qui paraît comme tel. Le soi devient le premier maître intérieur, dont il faut bien démêler les influences, les scories, en devenant plus attentif à ses meilleures intuitions et aspirations. Un travail en profondeur commence et ne s’achèvera plus. Chez Etty, ce chemin l’amène à goûter l’expérience de la présence de celui qu’elle appelle Dieu.

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À quelqu’un qui lui reproche d’avoir une vie intérieure trop intense, nuisible à sa santé, elle explique qu’elle renouvelle ses forces au quotidien, par le contact avec la source originelle de la vie en elle, goûtant parfois le repos que lui offre un temps de prière. Puis l’essentiel est révélé :

« Quand, au terme d’une évolution longue et pénible, poursuivie de jour en jour, on est parvenu à rejoindre en soi-même ces sources originelles que j’ai choisi d’appeler Dieu, et que l’on s’efforce de laisser libre de tout obstacle ce chemin qui mène à Dieu (et cela, on l’obtient par un travail intérieur sur soi-même), alors on se retrempe constamment à cette source et l’on n’a plus à redouter de dépenser trop de forces. » (Journal, p. 226)

Source de force, de paix et de joie, tant de fois mise à l’épreuve chez Etty. Plus vivante que jamais, la voilà aussi confrontée au malheur des autres, dans le camp de Westerbork, que les comédiennes évoquent sur scène : voyez cette mère affaiblie, affamée qui n’a pu allaiter son enfant depuis trois jours; écoutez le gémissement de cette autre femme inscrite sur la liste des gens qui quitteront le camp le lendemain matin, mais qui n’a plus assez de vêtements secs pour partir. Comment leur venir en aide quand on n’a rien à offrir? Un tel dénuement ne prouve-t-il pas l’absence de Dieu?

Le silence des comédiennes est ici puissamment révélateur du paradoxe qui dérange : Dieu est un Dieu fragile, souffrant de son impuissance, obligé de s’appuyer sur notre coopération. Etty n’a pas de mots de consolation à offrir mais sa présence se fait offrande compatissante.

Paix dans le monde, paix en soi

En cette longue guerre, Etty se démène comme elle peut avec le ressentiment contre l’occupant qui veut l’anéantissement de son peuple. Elle écrit en mars 1941 : « C’est un problème de notre époque. La haine farouche que nous avons des Allemands verse un poison dans nos cœurs… on a parfois le sentiment de ne plus pouvoir vivre cette époque maudite»  (Journal, p. 18). Sa pensée devient plus radicale :

Si la paix s’installe un jour, elle ne pourra être authentique que si chaque individu fait d’abord la paix en soi-même. Extirpe tout sentiment de haine pour quelque race ou quelque peuple que ce soit. Ou bien domine cette haine et la change en autre chose, peut-être même à la longue, en amour…  Ou est-ce trop demander? »

Le Souffle d’Etty nous met ici en face d’une réalité contemporaine d’une brûlante actualité. Des forces politiques révolutionnent l’ordre établi dans certaines régions du monde en utilisant des stratégies de communication ultramodernes tout en posant des gestes qualifiés de barbares.  Nous sommes pris de court pour ramener la raison sur le chaos, ne disposant pas d’instruments de lecture pour décoder ces nouveaux malheurs. Nous peinons à redécouvrir l’être humain dissimulé sous l’habit du combattant qui refuse de se plier aux codes guerriers connus. Le désarroi succède à l’indifférence.

Même si nous vivons dans un pays en paix, les conflits vécus ailleurs ont un écho chez nous. Des mouvements migratoires jettent à notre porte des individus et des familles qui ont une autre langue, une autre histoire; cela dérange, déstabilise, voire contrarie nos perceptions. Cela nous interroge : sommes-nous prêts, suis-je disposée à écouter le récit de leurs aspirations et de leurs souffrances?

La non-connaissance est la source de tant de préjugés. Le travail d’Etty Hillesum pour élucider ses propres sentiments envers l’autre, étranger et occupant, montre un chemin d’ouverture qui est aussi un chemin vers la paix en soi et dans le monde.

Chère Etty, on voudrait comme toi « être un baume versé sur tant de plaies». (Dernière phrase du Journal, p. 246)

Gisèle Turcot, Montréal, novembre 2016

En savoir plus :

La Compagnie le Puits : www.compagnielepuits.com

L’Association des amis d’Etty Hillesum : http://www.amisdettyhillesum.fr/Quebec/quebec.html  ou contact au Québec : labelrp@videotron.ca

L’Association des Arches du Québec : www.archequebec.ca  Tél. : (514) 849-0110

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NOTE : Les citations de cet article sont extraites de

Etty HILLESUM, Une vie bouleversée. Journal 1941-1943, traduit du néerlandais par Philippe Noble. Suivi de Lettres de Westerbork, traduites du néerlandais et annotées par Philippe Noble. Paris, Éditions du Seuil, 1995.

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Journée mondiale des communications sociales

50e Journée mondiale des communications sociales

Aux Antennes de paix, nous sommes convaincus que les visions et messages véhiculés par les communications sociales sont déterminants quand il s’agit d’établir des relations de paix durables entre les communautés.

En ce sens, nous ne pouvions pas passer sous silence la Journée mondiale des communications sociales 2016, célébrée en ce 8 mai. Et rendre hommage, par la même occasion, à un communicateur hors-pair, qui jour après jour, ne manque jamais de rappeler cette nécessité vitale de «jeter des ponts entre les personnes, les familles, les groupes sociaux, les peuples» : le pape François.

Dans son message, le pape nous rappelle le rôle fondamental de l’écoute dans les démarches de communication : « Communiquer signifie partager, et le partage exige l’écoute, l’accueil. Écouter est beaucoup plus qu’entendre. »

Cela peut paraître évident, et pourtant ce simple geste d’attention à autrui est si rarement pratiqué : combien de déclarations enflammées se font avant même d’avoir tenté d’écouter l’autre, que ce soit en relations interpersonnelles ou en politique dans les rapports entre les collectivités et les peuples?

Si l’habit ne fait pas le moine, les technologies numériques ne garantissent en aucun cas des communications humaines et solidaires : « Ce n’est pas la technologie qui décide si la communication est authentique ou non, mais le cœur de l’homme et sa capacité de bien user des moyens mis à sa disposition. Le domaine numérique est une place, un lieu de rencontre, où l’on peut caresser ou blesser, avoir une discussion profitable ou faire un  lynchage moral. »

La déclaration du pape à l’occasion de la Journée mondiale des communications sociales est truffée de ces évidences simples à appliquer, entre autres dans nos médias sociaux. Il s agit juste de sortir des logiques programmées et d’utiliser davantage les élans de compassion naturelle de notre cœur!

Lire le texte intégral du pape sur le site du Vatican :
http://fr.radiovaticana.va/news/2016/01/22/message_du_pape_pour_la_journ%C3%A9e_mondiale_des_communications_sociales/1202924#

Lire aussi l’article de l’Osservatore Romano
http://www.news.va/fr/news/en-la-journee-mondiale-des-communications-sociales

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Affirmer la paix Élimination de la violence envers les femmes Non-violence

Dieu veut-il la violence? Non!

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Suite à la vague récente d’attentats, apparemment perpétrés au nom de Dieu, nous publions la belle réponse du théologien Jean-Marc Gauthier à la question que nous avions déjà posée en 2015, suite aux attentats de Paris :

Dieu veut-il vraiment la violence?

Non! Sûrement pas! Vraiment pas!

Que serait ce qu’on appelle « Dieu » si « Dieu » voulait la violence? Un terroriste de Haut-niveau? Nous avons assez de terroristes de bas-niveau pour nous encombrer d’un terroriste de Haut-niveau, pour justifier les terroristes de bas-niveau.

Il est terriblement triste et religieusement blasphématoire qu’on utilise le nom de « Dieu », dans quelque langue que ce soit (God, Allah, Deus, Theos… Dieu),  pour justifier nos violences non-assumées. Le problème des « sacrés humains » que nous sommes, c’est justement de vouloir sacraliser nos violences pour masquer que nous faisons, indûment, des victimes innocentes. On nous a mis dans la tête, en nous forçant le coeur, que nous étions des héros, des martyrs si nous faisions la guerre, si nous gagnions la guerre.

Mais gagner la guerre, c’est toujours perdre la paix. C’est ne rien gagner sinon le souvenir d’avoir été un héros guerrier. Un meurtrier sacralisé … en légitime défense… ou en illégitime attaque.

De la terreur…

Quand on a lancé des bombes nucléaires sur Hiroshima et Nagasaki, en 1945,  en tuant des milliers de victimes innocentes, on n’a pas gagné la guerre, on a perdu la paix. On a tué des êtres humains, très réels, en chair et en os, des enfants, des femmes, des hommes. Comment être  véritablement en paix, après cela? Depuis que « la bombe » a gagné la guerre en tuant à outrance, on est entré dans le monde de l’équilibre de la terreur masqué en apparence de paix. La guerre froide. Depuis, la guerre froide s’est réchauffée en déséquilibre de la terreur. Dorénavant, la terreur en déséquilibre peut s’exprimer n’importe comment, n’importe quand, partout. Ce n’est plus Dieu qui est partout, c’est la terreur possible.

Si vous cherchez Dieu, le « Bon Dieu », vous ne le trouverez pas dans ces jeux de terreur déséquilibrée. Vous ne trouverez que des idoles en formation.

… aux idoles

Je cherche  encore le « Bon Dieu ». Ce n’est certes pas celui qui s’est manifesté à Paris quand on tuait des victimes innocentes en criant « Allah est grand », comme ce n’est pas celui qui va se manifester en Syrie quand on tuera des victimes innocentes, au milieu des guerriers, pour venger nos victimes innocentes.

Ce qu’on appelle « Dieu » est à la merci de ceux et celles qui croient en « Dieu » et qui parfois prennent son nom en vain.

On reconnaît un arbre à ses fruits. Si nous croyons à la violence et en faisons un projet sacré, nous faisons de « Dieu » un meurtrier insignifiant et insupportable. Une idole. Quand un jeune homme, à Paris, tuait en tirant à bout portant  en criant : « Dieu est grand », il ne rendait pas gloire à Dieu.  Il disait: « Dieu t’es mon idole » et il faisait de Dieu une idole blasphématoire. Le problème c’est qu’il ne savait pas ce qu’il faisait. – « Pardonnez-leur car ils ne savent pas ce qu’ils font ».- Il croyait à la violence croyant croire en Dieu. Il ne croyait pas en l’Amour.

Du côté des victimes

Si nous croyons en l’Amour et en faisons un projet divinement vivifiant, nous faisons de « Dieu » le seul « Bon Dieu » que Dieu pourrait être.

Sinon « pas de Dieu » serait mieux. Mais est-ce que ce serait mieux?

À chaque jour, j’essaie encore de croire en l’Amour, ce qui aura toujours l’air d’être fragile quand la violence se prend pour Dieu. Mais je ne vois pas d’autre chemin signifiant et vivifiant. Divinement signifiant et vivifiant.

Si vous cherchez Dieu dans les querelles meurtrières qui tuent la beauté du monde, vous n’avez  de chance de trouver un « Creux de Divin » que bien caché du côté des victimes. Cette apparence de Dieu n’est pas éclatante.  On (Dieu) ne saurait vouloir ni apprécier la violence quand on en est victime. Tuer au nom de Dieu c’est un peu beaucoup tuer Dieu, s’il est vrai que Dieu est amour.

Jean-Marc Gauthier, théologien (à la retraite), Saint-Jérôme, Qc

Liens à consulter :

«Je veux répéter avec fermeté que la voie de la violence et de la haine ne résout pas les problèmes de l’humanité, et utiliser le nom de Dieu pour justifier cette voie est un blasphème» Pape François
http://www.la-croix.com/Religion/Actualite/Le-pape-denonce-comme-un-blaspheme-l-utilisation-du-nom-de-Dieu-pour-justifier-la-violence-2015-11-15-1380582

La guerre au nom de Dieu ?
http://www.lavie.fr/actualite/religions/la-guerre-au-nom-de-dieu-06-01-2016-69580_395.php

Une violence divine ?
http://www.lemonde.fr/idees/article/2015/12/27/une-violence-divine_4838378_3232.html

La religion mène-t-elle à la violence ?
http://www.lactualite.com/politique/le-blogue-politique/la-religion-mene-t-elle-a-la-violence/

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Femmes

Le rôle des femmes dans le processus de paix en Colombie

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Les articles de presse n’en parlent pas, les analyses académiques non plus, et pourtant les femmes en Colombie sont partie prenante des  négociations de paix qui se déroulent à La Havane entre leur Gouvernement et les Forces armées révolutionnaires colombiennes (FARC). Si, tel qu’annoncé, des accords de paix sont enfin signés le 23 mars 2016, ce sera un grand jour pour les Colombiennes.

Les Colombiennes sont partie prenante du processus de paix en Colombie

« La paz sin mujeres no es paz »

C’est ce qu’ont découvert de nombreux citoyens et citoyennes du Québec venus entendre les propos de madame Rosa Emilia Salamanca Gonzalez,  animatrice du Collectif de réflexion et d’action en faveur des femmes, de la paix et de la sécurité en Colombie. Elle est en tournée au Canada du 22 février au 10 mars 2016, accompagnée de Ricardo Mendoza, collaborateur, à l’Invitation des Antennes de la paix.

Rosa Emilia possède une formation en anthropologie, droits humains et politiques publiques, et une connaissance approfondie des peuples autochtones, qui l’ont bien préparée à la défense des droits humains des femmes et à la construction de la paix.

Elle assume la direction stratégique de la Corporation CIASE (Corporación de Investigación y Acción social y Económica) basée à Bogota, une organisation dédiée au travail pour les droits humains, la paix et la démocratie en Colombie, en vue de la transformation des conflits et selon une approche écoféministe. CIASE est membre d’un large réseau d’organisations de droits humains et d’économie solidaire.

Le Collectif construit la paix avec l’atout de la diversité

Le Collectif de réflexion et d’action en faveur des femmes, de la paix et de la sécurité est l’une des initiatives suscitées par CIASE où Rosa Emilia a exercé un réel leadership.

Contre toute attente, le Gouvernement de Juan Manuel Santos a reconnu en 2012 qu’il existe bel et bien « un conflit armé » en Colombie, et pas seulement une chasse au terrorisme, rendant ainsi possible une série de discussions et des propositions pour un accord de paix. Dans la même venue, le gouvernement a décidé de soutenir la création d’un Centre national de la mémoire (Centro nacional de la memoria) qui documente les massacres et déplacements de populations qui ont fait 7,5 millions de victimes, dont au moins 220 000 morts et six millions de déplacés, selon des chiffres officiels.

Dans ce contexte et malgré la peur régnante,  une soixantaine d’organisations de femmes et d’hommes ont formé ce Collectif représentatif d’une grande diversité de visions et tendances politiques, d’appartenances culturelles, religieuses, économiques, ethniques et sociales (femmes autochtones, anciennes combattantes, universitaires, etc.). Le collectif a développé une manière de travailler ensemble jusqu’à proposer un « Pacte Éthique pour un pays en paix » (Pacto Ético por un Pais en Paz). À l’aide de ce manifeste public, il a créé des stratégies pour transformer la culture de la violence par l’éducation à la paix, le dialogue à partir des différences, la transformation des conflits et les plaidoyers.  Ce travail lui a valu de recevoir le Prix de la Paix 2015 de l’organisation Pax Christi International basée à Bruxelles.

Non plus victimes mais actrices de paix

L’enjeu du côté des femmes était de passer du statut de victimes du conflit à celui d’agentes de transformation de la culture de violence en une culture de respect des droits humains qui mettra fin à l’impunité et reconstruira lentement le tissu social.

Une dizaine de plateformes et coalitions ont fait alliance pour réclamer la participation des femmes aux commissions de travail à La Havane. De plus, les femmes ont obtenu la formation d’une sous-commission du genre (analyse selon les sexes) qui a droit de regard sur les travaux des commissions et leurs implications du point de vue du respect des droits des femmes; cette sous-commission offre aussi des réflexions et des propositions touchant  des points de négociation tels que :

  • la participation à la vie politique;
  • la politique de développement rural si importante pour les milieux paysans et autochtones;
  • la justice réparatrice envers les victimes (victimes des paramilitaires, des FARC, de l’armée nationale, des narcotrafiquants);
  • la sécurité et sa mise en application à travers tout le territoire après le règlement du conflit armé; ce point est capital pour la vie des femmes, des familles et des communautés;
  • la justice transitionnelle qui touche notamment la réintégration sociale des anciens combattants.

Ce gigantesque travail reste encore peu connu de la population en Colombie, d’une part parce qu’elle ne peut pas compter sur les médias et d’autre part, parce que quasi tous les secteurs de la population ayant  souffert des actes perpétrés par les parties au conflit, l’opinion publique reste très polarisée et méfiante quant à l’aboutissement réussi des négociations.

« Nous sommes loin d’une réconciliation, constate Rosa Emilia; nous devons d’abord apprendre la cohabitation (convivencia), passer des dialogues impensables à des dialogues possibles. »

La Résolution 1325 de l’ONU : un outil de paix pour les femmes

Ce fut un privilège d’entendre  ce témoin privilégié qu’est Rosa Emilia Salamanca, une militante qui a un grand amour de son peuple, des peuples autochtones en particulier. Elle sait communiquer son indignation contre les injustices dans une langue respectueuse de toutes les parties impliquées dans un conflit.

Son expérience du travail concret pour la paix repose aussi sur sa connaissance de la Résolution 1325 de l’ONU qui demande aux États d’inclure la participation des femmes à la prévention et à la résolution des conflits; Rosa Emilia Salamanca a d’ailleurs été invitée comme experte  en octobre 2015 à une assemblée spéciale des Nations Unies, à New York, pour faire le point sur la mise en œuvre de la Résolution 1325 adoptée à l’ONU en 2000. Rosa Emilia animera un atelier de formation sur la 1325, version  originale et améliorations ultérieures, à Montréal le 9 mars.

« La paz sin mujeres no es paz », dit-elle, convaincue que les femmes, premières victimes des conflits, peuvent aussi contribuer à instaurer ou restaurer plus de justice, pourvu qu’elles soient partie prenante des tables de négociations.

Une tournée organisée en partenariat

La tournée au Canada du 22 février au 10 mars 2016, de cette déléguée du Collectif de femmes de la Colombie est prise en charge par les Antennes de la paix à Montréal, organisme membre de Pax Christi International, en partenariat avec une dizaine d’organisations actives dans le domaine des droits humains, de l’éducation à la paix et à la solidarité internationale :

L’Association des organismes de coopération internationale (AQOCI), Centre justice et foi, CDHAL, Développement et Paix (national et région de l’Outaouais), L’Entraide missionnaire, la Fédération des femmes du Québec (FFQ), Initiatives et changement, Projet Accompagnement Solidarité Colombie (PASC), le Dépanneur Sylvestre à Gatineau.

Sous le titre « Femmes et processus de paix : le cas de la Colombie » deux conférences publiques ont eu lieu, l’une à Montréal le 25 février et l’autre à Gatineau le 2 mars, auxquelles se sont ajoutées une dizaine de rencontres avec des organismes de paix et de solidarité internationale.

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Par ces rencontres et partenariats, les Antennes de paix se réjouissent d’avoir contribué à :

  • relayer les appels des populations colombiennes confrontées depuis des décennies à des situations de violence et d’injustice;
  • communiquer les initiatives et les attentes des femmes colombiennes engagées dans le processus de paix, et leurs pratiques inclusives dans une société civile très polarisée;
  • éveiller, stimuler le sentiment de solidarité avec les victimes et avec les artisanes et artisans de paix en Colombie, une solidarité qui pourra s’exprimer de diverses façons.

En savoir plus : https://www.facebook.com/PactoEticoporunPaisenPaz

http://www.centrodememoriahistorica.gov.co/centro-audiovisual/videos?start=16 https://es.wikipedia.org/wiki/Centro_Nacional_de_Memoria_Hist%C3%B3rica

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Affirmer la paix Paix entre les religions

Affirmer la paix, malgré la violence

 Tout un vol mouvementé pour la colombe de la paix en ce mois de novembre 2015!
(Cliquer pour visionner et ouvrez vos hauts parleurs pour entendre la bande sonore)

Ce court message présente un bref survol des évènements marquants de ce mois en  quelques phrases-clés prises sur les médias et réseaux sociaux.

Partage de réflexions pour la paix

Nous publions un dossier spécial de partage, à la suite de la vague d’attentats, à Beyrouth, à Paris, à Bamako et à Tunis. Ce dossier inclut les  réponses à nos questions sur la violence perpétrée au nom de Dieu et sur l’appel à la paix entre les religions.

Lire le dossier complet « Affirmer la paix, malgré la violence »
https://antennesdepaix.org/affirmer-la-paix-malgre-la-violence/

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Ci-dessous quelques extraits du partage de réflexions, de prises de parole, de témoignages et de commentaires pour la paix.

Prises de parole pour la paix

…dans la presse

Fabrice Hadjadj : Nous voulions non pas la paix qu’on fait, mais celle qu’on nous fiche, peu importe à quel prix de dévastations, de « dégâts collatéraux ». ….il est normal, quand on refuse ce combat pour la justice, que notre paix apparente nous saute à la figure.

Jean-Claude Guillebaud : …quelle que soit sa nature, il nous faut réapprendre à penser la guerre sans céder à la panique. Notre vraie réponse aux terroristes sera de ne plus jamais être « terrorisés ».

Josée Blanchette : Père Noël, en cette année qui s’achève, et qui a bien mal commencé de toute façon, j’aimerais vous demander un peu plus de tolérance, des bas de Noël pour tout le monde, pas seulement pour les fortunés, une autre planète tant qu’à faire, parce que celle-ci, on l’a bien amochée…

 Olivier Kemeid : …moi qui ai longtemps cru que la terreur qui a poussé ma famille à s’exiler était en grande partie responsable de ma naissance, sais aujourd’hui, et m’y raccroche comme on s’accroche à une planche de salut dans cet océan d’horreur, que c’est l’amour et tout ce qui peut nous rapprocher comme êtres humains, par-delà nos différences culturelles, qui m’a fait naître.

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Notre invitée

Pascale Frémond, présidente de Religions pour la Paix, signe un article intitulé L’illégitimité de la violence :

Or il se trouve que cette guerre sainte dont parlait le prophète de l’Islam concernait en premier lieu le combat intérieur que chacun est appelé à mener contre ses propres penchants de haine, d’égoïsme et de séparativité. Ce djihad par le cœur incite les musulmans à faire un effort dans le chemin de Dieu, à combattre leurs propres faiblesses pour s’améliorer et améliorer la société. (…) Puisque cette « guerre sainte » est d’abord à mener en soi-même, qu’est-ce qui pousse certains individus et groupes à la négliger pour lui préférer une guerre contre tous ceux qui ne croient pas dans ce qu’ils considèrent LA religion?

Notre éditorial

L’éditorial de Gisèle Turcot : Mais pourquoi ces convulsions qui secouent nos villes? Pourquoi ces explosions de rage et de haine ciblant des civils? Jusqu’où ira cet effroyable dévoiement qui transforme des fillettes en kamikazes, après voir habillé en soldats des milliers d’enfants? (…) Nous assistons à des convulsions volcaniques qui crachent des humains sur les routes. Qu’y a-t-il dans les entrailles de la terre en ce XXIe siècle pour provoquer tant de rejets? Se pourrait-il que les fondations de notre univers soient ébranlées par la danse macabre des trafiquants d’armes?

Lire les prises de parole dans notre dossier.

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Messages

Conseil œcuménique des Églises : Nous ne pouvons accepter qu’une telle atrocité terroriste soit justifiée par le nom de Dieu ou par quelque religion que ce soit, et nous ne l’acceptons pas. La violence commise au nom de la religion est une violence perpétrée contre la religion.

(…) Ne laissons pas ces événements flétrir notre attention et notre hospitalité à l’égard de celles et ceux qui fuient la violence et l’oppression.

Pape François : Je veux réaffirmer avec vigueur que la voie de la violence et de la haine ne résout pas les problèmes de l’humanité. Utiliser le nom de Dieu pour justifier cette voie est un blasphème !

Extrait du communiqué de Pax Christi International : Utiliser la violence armée demeure un moyen facile pour se venger, se justifier en prétendant que c’est le meilleur moyen de résoudre les conflits sanglants en cours, et le proposer aux citoyens comme unique source de sécurité.
(…) Jusqu’à présent, les fusils ne nous ont pas permis d’éradiquer l’extrémisme violent; les institutions étatiques doivent se montrer beaucoup plus créatives et transparentes pour trouver des façons de faire, tout en s’appuyant sur des réponses déjà développées par les organisations de la société civile.

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Lire tous les témoignages, hommages et commentaires reçus à la suite des attentats de Paris et des questions que nous avons posées sur le site.
https://antennesdepaix.org/affirmer-la-paix-malgre-la-violence/

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Paix entre les religions

Comment rester unis?

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En France, toutes les communautés religieuses sont endeuillées. Comment rester unis dans cette tornade de ressentis, de peurs, de réactions et d’accusations?

Comment faire en sorte que la terreur semée n’engendre pas davantage de division, de xénophobie, de comportements haineux et de violence?

Et plus particulièrement, comment les grandes religions peuvent-elles se rassembler autour de l’essentiel : la reconnaissance commune en un Dieu de compassion et de miséricorde?

Nous ne pouvons faire autrement que de continuer à tendre les mains et à réfléchir tous ensemble afin de demeurer unis et solidaires malgré l’adversité.

Notre façon de réagir face à la montée de l’intégrisme religieux est déterminante pour le maintien de la paix entre les collectivités.

Avez-vous des  commentaires à partager sur ce sujet? Participez en témoignant au bas de cet article, sur notre page Facebook, ou encore par courriel à accueil@antennesdepaix.org

Lire les réponses dans notre dossier spécial « Affirmer la paix, malgré la violence« 
https://antennesdepaix.org/affirmer-la-paix-malgre-la-violence/