Répression inédite des manifestations pacifiques du 31 décembre 2017 en RDC

Alors que la majorité de personnes célébraient la fin de l’année dans bien de parties du monde, en République Démocratique du Congo (RDC), la population était confrontée pour la énième fois à la brutalité du régime en place.

Les manifestations pacifiques de dimanche dernier, 31 décembre 2017, étaient organisées par le Comité laïc de coordination (CLC), une structure de l’Église  catholique de la RDC, pour exiger le respect de l’accord dit de la Saint-Sylvestre, signé sous l’égide des évêques de la Conférence  épiscopale nationale du Congo (CENCO) il y a un an, entre le pouvoir du président Joseph Kabila et une partie de l’opposition, accord qui prévoyait l’organisation des élections en décembre 2017.

Pour contrer ces manifestations pacifiques, le régime de Kinshasa a procédé à la coupure d’internet sur l’étendue du territoire national, au déploiement d’un arsenal sécuritaire ostentatoire et à l’érection des barrages policiers, particulièrement dans la capitale. Les autorités congolaises tentaient ainsi d’étouffer ces « marches pacifiques » contre le chef de l’État, malgré l’appel des Nations unies et des chancelleries au respect du droit à manifester. Dans un communiqué à New York, le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, avait appelé « le gouvernement et les forces nationales de sécurité à faire preuve de retenue et à respecter les droits du peuple congolais aux libertés d’expression et de manifester pacifiquement ».

Toute l’opposition et la société civile ont répondu à l’appel des marches, interdites par les autorités comme les précédentes manifestations contre le régime. Dans un pays majoritairement chrétien, où les habitants survivent avec moins de un dollar par jour, c’est en pleine prière au cœur des églises que les forces de sécurité ont fait irruption. Jamais auparavant on a vu une attaque de la police à coup de bombe lacrymogène en pleine messe!

Les sources médiatiques font état d’un bilan provisoire d’au moins huit morts dont sept à Kinshasa et un à Kananga, et des centaines d’arrestations, un bilan confirmé par la Mission de l’Organisation des Nations Unies pour la stabilisation en RD Congo (Monusco). Interrogé par Radio France internationale (RFI) sur l’attitude des forces de l’ordre, le porte-parole du gouvernement de la RDC, Lambert Mendé, n’a pas nié que certains policiers ou militaires avaient pu poursuivre des manifestants dans des édifices religieux et tirer des gaz lacrymogène.

Par ailleurs, les manifestants demandaient au président de déclarer qu’il ne sera plus candidat et exigeaient aussi un « calendrier électoral consensuel » à la place de l’actuel, qui prévoit des élections le 23 décembre 2018 pour remplacer Joseph Kabila, alors que son dernier mandat a pris fin le 20 décembre 2016.

Malgré la répression, l’Église catholique a démontré sa capacité de mobiliser en République démocratique du Congo (RDC), là où depuis un an les appels de l’opposition n’ont rencontré que peu d’écho.

La répression du dimanche dernier en RDC survient alors que le pays se prépare à commémorer les martyrs de l’indépendance, le 4 janvier prochain, en mémoire des victimes des répressions sanglantes, le 4 janvier 1959, des émeutes à Léopoldville (Kinshasa, avant 1960) après que les autorités coloniales avaient interdit aux membres du parti politique ABAKO (Alliance des Bakongo) de manifester. Cette date avait marqué le déclenchement de la conquête de l’indépendance, survenue une année et demie plus tard, le 30 juin 1960.

Nous osons croire que la commémoration du 4 janvier 2018 se fera aussi en mémoire des victimes des répressions du 31 décembre 2017 et sera l’occasion de lancer un appel solidaire à la souffrance du peuple congolais, victime en grande partie des convoitises internationales.

Pour Antennes de Paix,

Ferdinand Djayerombe Vaweka,
Président