Le rôle des femmes dans le processus de paix en Colombie

role-femmes-paix

 

Les articles de presse n’en parlent pas, les analyses académiques non plus, et pourtant les femmes en Colombie sont partie prenante des  négociations de paix qui se déroulent à La Havane entre leur Gouvernement et les Forces armées révolutionnaires colombiennes (FARC). Si, tel qu’annoncé, des accords de paix sont enfin signés le 23 mars 2016, ce sera un grand jour pour les Colombiennes.

Les Colombiennes sont partie prenante du processus de paix en Colombie

« La paz sin mujeres no es paz »

C’est ce qu’ont découvert de nombreux citoyens et citoyennes du Québec venus entendre les propos de madame Rosa Emilia Salamanca Gonzalez,  animatrice du Collectif de réflexion et d’action en faveur des femmes, de la paix et de la sécurité en Colombie. Elle est en tournée au Canada du 22 février au 10 mars 2016, accompagnée de Ricardo Mendoza, collaborateur, à l’Invitation des Antennes de la paix.

Rosa Emilia possède une formation en anthropologie, droits humains et politiques publiques, et une connaissance approfondie des peuples autochtones, qui l’ont bien préparée à la défense des droits humains des femmes et à la construction de la paix.

Elle assume la direction stratégique de la Corporation CIASE (Corporación de Investigación y Acción social y Económica) basée à Bogota, une organisation dédiée au travail pour les droits humains, la paix et la démocratie en Colombie, en vue de la transformation des conflits et selon une approche écoféministe. CIASE est membre d’un large réseau d’organisations de droits humains et d’économie solidaire.

Le Collectif construit la paix avec l’atout de la diversité

Le Collectif de réflexion et d’action en faveur des femmes, de la paix et de la sécurité est l’une des initiatives suscitées par CIASE où Rosa Emilia a exercé un réel leadership.

Contre toute attente, le Gouvernement de Juan Manuel Santos a reconnu en 2012 qu’il existe bel et bien « un conflit armé » en Colombie, et pas seulement une chasse au terrorisme, rendant ainsi possible une série de discussions et des propositions pour un accord de paix. Dans la même venue, le gouvernement a décidé de soutenir la création d’un Centre national de la mémoire (Centro nacional de la memoria) qui documente les massacres et déplacements de populations qui ont fait 7,5 millions de victimes, dont au moins 220 000 morts et six millions de déplacés, selon des chiffres officiels.

Dans ce contexte et malgré la peur régnante,  une soixantaine d’organisations de femmes et d’hommes ont formé ce Collectif représentatif d’une grande diversité de visions et tendances politiques, d’appartenances culturelles, religieuses, économiques, ethniques et sociales (femmes autochtones, anciennes combattantes, universitaires, etc.). Le collectif a développé une manière de travailler ensemble jusqu’à proposer un « Pacte Éthique pour un pays en paix » (Pacto Ético por un Pais en Paz). À l’aide de ce manifeste public, il a créé des stratégies pour transformer la culture de la violence par l’éducation à la paix, le dialogue à partir des différences, la transformation des conflits et les plaidoyers.  Ce travail lui a valu de recevoir le Prix de la Paix 2015 de l’organisation Pax Christi International basée à Bruxelles.

Non plus victimes mais actrices de paix

L’enjeu du côté des femmes était de passer du statut de victimes du conflit à celui d’agentes de transformation de la culture de violence en une culture de respect des droits humains qui mettra fin à l’impunité et reconstruira lentement le tissu social.

Une dizaine de plateformes et coalitions ont fait alliance pour réclamer la participation des femmes aux commissions de travail à La Havane. De plus, les femmes ont obtenu la formation d’une sous-commission du genre (analyse selon les sexes) qui a droit de regard sur les travaux des commissions et leurs implications du point de vue du respect des droits des femmes; cette sous-commission offre aussi des réflexions et des propositions touchant  des points de négociation tels que :

  • la participation à la vie politique;
  • la politique de développement rural si importante pour les milieux paysans et autochtones;
  • la justice réparatrice envers les victimes (victimes des paramilitaires, des FARC, de l’armée nationale, des narcotrafiquants);
  • la sécurité et sa mise en application à travers tout le territoire après le règlement du conflit armé; ce point est capital pour la vie des femmes, des familles et des communautés;
  • la justice transitionnelle qui touche notamment la réintégration sociale des anciens combattants.

Ce gigantesque travail reste encore peu connu de la population en Colombie, d’une part parce qu’elle ne peut pas compter sur les médias et d’autre part, parce que quasi tous les secteurs de la population ayant  souffert des actes perpétrés par les parties au conflit, l’opinion publique reste très polarisée et méfiante quant à l’aboutissement réussi des négociations.

« Nous sommes loin d’une réconciliation, constate Rosa Emilia; nous devons d’abord apprendre la cohabitation (convivencia), passer des dialogues impensables à des dialogues possibles. »

La Résolution 1325 de l’ONU : un outil de paix pour les femmes

Ce fut un privilège d’entendre  ce témoin privilégié qu’est Rosa Emilia Salamanca, une militante qui a un grand amour de son peuple, des peuples autochtones en particulier. Elle sait communiquer son indignation contre les injustices dans une langue respectueuse de toutes les parties impliquées dans un conflit.

Son expérience du travail concret pour la paix repose aussi sur sa connaissance de la Résolution 1325 de l’ONU qui demande aux États d’inclure la participation des femmes à la prévention et à la résolution des conflits; Rosa Emilia Salamanca a d’ailleurs été invitée comme experte  en octobre 2015 à une assemblée spéciale des Nations Unies, à New York, pour faire le point sur la mise en œuvre de la Résolution 1325 adoptée à l’ONU en 2000. Rosa Emilia animera un atelier de formation sur la 1325, version  originale et améliorations ultérieures, à Montréal le 9 mars.

« La paz sin mujeres no es paz », dit-elle, convaincue que les femmes, premières victimes des conflits, peuvent aussi contribuer à instaurer ou restaurer plus de justice, pourvu qu’elles soient partie prenante des tables de négociations.

Une tournée organisée en partenariat

La tournée au Canada du 22 février au 10 mars 2016, de cette déléguée du Collectif de femmes de la Colombie est prise en charge par les Antennes de la paix à Montréal, organisme membre de Pax Christi International, en partenariat avec une dizaine d’organisations actives dans le domaine des droits humains, de l’éducation à la paix et à la solidarité internationale :

L’Association des organismes de coopération internationale (AQOCI), Centre justice et foi, CDHAL, Développement et Paix (national et région de l’Outaouais), L’Entraide missionnaire, la Fédération des femmes du Québec (FFQ), Initiatives et changement, Projet Accompagnement Solidarité Colombie (PASC), le Dépanneur Sylvestre à Gatineau.

Sous le titre « Femmes et processus de paix : le cas de la Colombie » deux conférences publiques ont eu lieu, l’une à Montréal le 25 février et l’autre à Gatineau le 2 mars, auxquelles se sont ajoutées une dizaine de rencontres avec des organismes de paix et de solidarité internationale.

FemmesPaixColombieb copier

Par ces rencontres et partenariats, les Antennes de paix se réjouissent d’avoir contribué à :

  • relayer les appels des populations colombiennes confrontées depuis des décennies à des situations de violence et d’injustice;
  • communiquer les initiatives et les attentes des femmes colombiennes engagées dans le processus de paix, et leurs pratiques inclusives dans une société civile très polarisée;
  • éveiller, stimuler le sentiment de solidarité avec les victimes et avec les artisanes et artisans de paix en Colombie, une solidarité qui pourra s’exprimer de diverses façons.

En savoir plus : https://www.facebook.com/PactoEticoporunPaisenPaz

http://www.centrodememoriahistorica.gov.co/centro-audiovisual/videos?start=16 https://es.wikipedia.org/wiki/Centro_Nacional_de_Memoria_Hist%C3%B3rica

Une réflexion sur “Le rôle des femmes dans le processus de paix en Colombie

  1. Bravo et Merci Rosa-Emilia Salamanca pour votre action inspirante d’affirmer la paix malgré la violence; en « passant des dialogues impensables à des dialogues possibles », vous créez des ponts au quotidien entre gens qui s’affrontent; vous et votre équipe tissez le respect et la PAIX en semant le goût du dialogue et de l’espérance par-delà les murs de la peur!

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s