Daniel Berrigan

 

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DANIEL BERRIGAN, INSPIRATEUR DE LA RÉSISTANCE NON-VIOLENTE à la guerre aux États-Unis, est décédé le 30 avril 2016 à l’âge de 94 ans.

Impossible de rendre justice, en moins de 500 mots, à ce géant du 20e siècle: une figure aussi importante, pour le catholicisme américain, que Dorothy Day et Thomas Merton dont il était d’ailleurs ami. Dan Berrigan a été toute sa vie un résistant à ce qu’il nommait lui-même «l’impérialisme militaire américain». Poète autant que théologien, il a publié plus d’une quarantaine de livres, dont une autobiographie publiée en 1987, To Dwell in Peace, et reçu de nombreux prix et honneurs.

Avec son frère Philip, il a été à l’origine du mouvement religieux de résistance non violente à la guerre du Vietnam, puis aux armes nucléaires. Après avoir voyagé à Hanoi, avec l’historien Howard Zinn en janvier 1968, pour obtenir la libération de trois aviateurs américains prisonniers de guerre, ce n’est qu’à 47 ans qu’il s’engage activement dans la désobéissance civile. Le 17 mai 1968, avec Philip et sept autres résistants, il brûle des centaines de cartes d’enrôlement militaire à Catonsville, avec un napalm symbolique qu’ils avaient eux-mêmes fabriqué: ce sera le premier de nombreux procès qu’il subira, celui des Catonsville Nine, dont il tirera d’ailleurs une pièce de théâtre qui deviendra même un film en 1972. Condamné à la prison, il passera à la clandestinité pendant plus de quatre mois, donnant des entrevues et des sermons, avant que le FBI ne le trouve enfin et l’emprisonne. L’autre geste d’éclat dont on se souvient le plus marque le début du mouvement informel Ploughshares (inspiré du texte d’Isaïe, 2,4: «De leurs épées, ils forgeront des socs de charrues»): le 9 septembre 1980, Dan, Philip et six autres pacifistes s’introduisent dans le complexe de missiles nucléaires de King of Prussia, en Pennsylvanie. Ils endommagent quelques têtes nucléaires avec un marteau et versent du sang sur les dossiers de l’usine. Le procès qui en découlera sera immortalisé dans le film d’Emile de Antonio, In the King of Prussia, sorti en 1982. Cet activisme pacifiste et non-violent par des militants chrétiens inspirera plus d’une centaine d’autres actions à travers les États-Unis menées par de nombreux groupes Ploughshares.

Mais au-delà de ces gestes nombreux et courageux contre la guerre, les armes nucléaires, et les si nombreuses injustices dont sont victimes les pauvres tous les jours, Daniel Berrigan aura constamment interpellé les Églises chrétiennes et sa propre communauté religieuse pour les pousser à devenir des témoins toujours plus fidèles aux exigences de Jésus. Pour lui, nos institutions religieuses se faisaient beaucoup trop souvent complices, au moins par omission, des horreurs de la guerre et des injustices de sa société. Il aura été, jusqu’à presque 95 ans, un témoin à la fois exigeant, modeste, joyeux et inspirant de la Bonne nouvelle de paix et d’amour dont notre monde a terriblement besoin.

Dominique Boisvert